Envoyer pour prêcher l’Evangile, Congrès pour la mission de l’Ordre : lettre du frère Bruno Cadoré

Publié le : 19 avril

Au lendemain du Congrès pour la mission de l’Ordre par lequel nous avons clôturé les célébrations du Jubilé, je voudrais partager avec vous la joie et la gratitude que j’exprimais en conclusion de ce Congrès. En vous adressant cette lettre, qui reprend ces conclusions, je souhaite inviter l’Ordre tout entier à recueillir les fruits de ce Congrès et, plus largement, de la grâce du Jubilé.

Joie d’avoir vécu ces quatre jours de rencontre des membres de l’Ordre, découvert des frères et des sœurs, des pays, des langages et des cultures, des générations différentes, des visages d’Église très diversifiés. Joie, au milieu de tout cela, d’une expérience d’unité profonde, d’une sorte de « maison commune » où la Parole est écoutée, recueillie, partagée, célébrée et prêchée. Joie, et gratitude, parce que tout cela nous a permis de prendre conscience davantage encore qu’il s’agissait d’une grâce qui était faite par un Autre. D’une grâce partagée, quelle que soit la spécificité de chacune des branches et entités auxquelles nous appartenons, grâce dispensée dans des vases d’argile fragiles, bien souvent, mais confiants en Celui qui, toujours, accompagne et précède celles et ceux qu’Il envoie.
Ce sentiment de « maison commune », nous a conduit toutes et tous, je crois, à nous reconnaître dans un même visage, celui de Dominique qui, nous guidant sur le chemin de la suite du Christ Prêcheur, nous propose une aventure de prédication selon le mode de la « proclamation de la bonne nouvelle du Royaume à travers villes et villages ». Cette prédication ne se décline pas d’abord selon l’opposition entre le dedans et le dehors d’une Église déjà établie. Elle est plutôt traversée par une tension entre, d’une part, l’impossibilité de cheminer « sans » (sans les victimes, sans les mémoires blessées, sans les réfugiés qui sont les nôtres, sans les pécheurs, sans les hommes et femmes de bonne volonté, sans les autres quêtes de vérité, qu’elles soient croyantes ou non) et, d’autre part, le désir profond d’apprendre à cheminer avec la conviction que, faisant cela, on apprend aussi à cheminer avec Dieu.
Ce désir, nous le portons chacun, et de manière commune, dans un monde que nous aimons, que nous voulons apprendre à aimer, en développant la capacité de contemplation. Comme tout amour vrai, il est exigeant. C’est l’exigence du regard lucide et réaliste qui permet à la fois de lire, et déplorer, les ravages d’une guerre globale qui le défigure et accumule les victimes systémiques, et sait identifier les chances des lieux et réalités où l’humain manifeste sa capacité à résister à ce qui le diminue, le défigure ou l’avilit. C’est un monde qui est le lieu où l’humain peut découvrir l’humanité dont il est capable, cette humanité partagée qui lui permet d’affronter les épreuves de la vie, de les dépasser, parfois de renverser ce qui les provoque, en laissant monter en lui la conviction que, par l’humanité de l’humain précisément qui le fait bon, généreux, capable de pardon, solidaire, tout peut, au bout du compte, se terminer d’une belle manière, inattendue peut-être, mais espérée. C’est dans ce monde, pour ce monde faudrait-il dire aussi, que nous sommes envoyés prêcher. Et nous voyons dans cet envoi ce qui constitue notre unité, à nous tous membres de l’Ordre des Prêcheurs, frères, moniales, laïcs, sœurs apostoliques de congrégations agrégées à l’Ordre, instituts séculiers, fraternités sacerdotales et jeunes du mouvement de la jeunesse dominicaine, et tant d’amis. Envoyés pour servir, par le ministère de l’évangélisation du nom de Jésus-Christ, le mystère de la grâce de la Parole. Oui, beaucoup de joie, et une profonde gratitude, d’appartenir à cette famille-là !

(lire la suite en document joint)

Album photo du Congrès : ici

Document(s)

225_17_50_letters_to_the_order_04.10.17fr_1_.pdf (347 ko)

 19 avril 2017