"J'AI
EU FAIM..."
Pour nous, à un moment de
notre histoire dominicaine, le dit évangéliques'est
fait chair, à notre porte, dans l'appel de la faim de
pain et de savoir.
FAIM DE PAIN
Sur fond de chômage, travail au noir, mendicité,
des clochards et autres sans logis pudiquement baptisés
S.D.F (sans domicile fixe), des familles en grande précarité
viennent chercher de quoi MANGER deux fois par semaine, le midi
: les éléments d'un repas à cuisiner chez
elles pour les familles, une poche de plastique où l'on
place une barquette contenant viande et légumes chauds,
un quart de baguette, un dessert ou un fromage. Et puis, si les
uns gagnent leur logis, les autres, en quête d'un coin,
d'un appui de fenêtre, s'en vont prendre leur repas ! Et
si l'on nous a pourvues de vêtements et de couvertures,
ils n'en laissent rien, heureux de prévoir une nuit moins
froide ou de se changer puisque la plupart ne peuvent se laver.
Bienheureux surplus alimentaires que nous transportons dans des
seaux vers un congélateur que nous aimons bien plein.
Bienheureuses équipes de "dames" (2 fois 4)
qui trouvent le temps du service et le ton juste pour la relation.
Bienheureuse Banque Alimentaire qui donne les aliments proches
de la péremption. Bienheureux argent de la DDASS (préfecture)
dans le cadre de la campagne "Pauvreté - Précarité".
Bienheureux ces billets glissés comme à la sauvette,
et le porte-monnaie dominicain...!
En 2001/2002, 7 860 repas ont été servi entre septembre
et juin. C'est peu sans doute, au regard des besoins. Changeons
les structures, n'est-ce pas ?
On est bien d'accord. Mais en même temps, faudrait-il laisser
mourir de faim et de froid à nos portes ?
Si vos pas vous portent jusqu'à Lille, si vous rencontrez
un de ces S.D.F, il vous indiquera peut-être la route jusque
chez les surs, ou taillera une courte bavette avec vous, à
moins qu'il ne vous indique, -en frère - une source de
ravitaillement : la poubelle de la grande surface voisine où
l'on vient de jeter les victuailles tout justes périmées."
FAIM DE SAVOIR...
"Je vous écris d'un pays qui n'existe pas; enfin,
pas vraiment. C'est plutôt l'ombre d'un pays, c'est comme
un monde dans le monde, tellement discret et silencieux qu'il
en est quasi-invisible, inclus en filigrane dans la trame complexe
des sociétés industrielles....
Vous et moi, qui avons coutume de communiquer, par écrit,
nous ne sommes pas de ce pays-là..."
- J.P VELIS
"Ce pays d'ombre est venu au jour, concrètement et
discrètement pour nous en 1985 : ils étaient 8
alors, ils sont 540 "apprenants aujourd'hui : Français
et étrangers, enfants, adolescents et adultes, analphabètes,
illettrés et retardés scolaires, issus de petits
milieux voire du quart monde, d'espaces assistés, de l'immigration....
Tous handicapés face à l'impératif de l'écrit
omniprésent, de la maîtrise de la langue -nécessité
quotidienne - ou encore éjectés de filières
scolaires quelque peu sans pitié pour les faibles. les
causes, répertoriées en maints ouvrages sont bien
connues: elles font d'eux tous des candidats à la marginalisation.
Oh ! Ils s'en sortent plus ou moins bien dans un quotidien rétréci
: menues stratégies dissimulant leurs carences, car la
honte les guette, fuite hors du savoir, refermés sur leur
quartier et des relations égalitaires... Mais chez certains,
la FAIM de SAVOIR n'est pas éteinte, ni pour eux ni pour
leurs enfants. Alors, ils frappent et l'aventure commence...
ou continue "pour les adultes qui veulent apprendre à
compter, lire, écrire "pour les enfants en difficultés
scolaires, pour les étrangers qui veulent parler français.
Orientés par des intervenants sociaux, la mairie, alertés
par le bouche à oreille, ils vont, après inscription,
faire équipe avec un bénévole pour un suivi
régulier en 1, 2, 3 matières sur une année
scolaire.
Rien de spectaculaire : plutôt de petites avancées
au long des semaines, voire des années. découverte
de la lecture : tous ces petits signes qui veulent enfin dire
quelque chose : on en rit d'aise ou d'étonnement.
Accession au courrier -relation : envoyer et recevoir une lettre,
toute simple bien sûr, et attendre une réponse qu'on
pourra lire TOUT SEUL.
Intégration à petits pas, grâce à
la langue apprivoisée. Passage de classe plus assuré,
et, peut-être franchissement d'un palier : brevet des collèges,
bac,- pourquoi pas ? - même si comme ce fut le cas une
année, c'est à 22 ans1/2 qu'on l'obtient aprés
4 années de suivi .
Un réseau de bénévoles s'est mis en place
: professeurs du primaire et secondaire, étudiants des
grandes écoles de la Catho et des Facultés d'Etat,
professionnels...En février 2003, ils sont 360 à
s'être inscrits depuis septembre 2002,responsables pour
une année scolaire d'un ou plusieurs apprenants pris en
charge un à un. Les 12 salles de LA Clé sont à
leur disposition pour ce travail individuel. Leurs cartes pour
jouer le jeu des apprentissages? Compétence en la matière
enseignée, disponibilité, pédagogie. Ils
sont accompagnée par une équipe de 4 salariées,
présentes à temps plein, qui les accueille, tente
de discerner avec quel type d'apprenant ils pourront faire le
meilleur tandem, les oriente dans le labyrinthe des outils et
méthodes également disponibles sur place, et parfois
les rassure quand ils s'étonnent de la lenteur des progrès.
A côté de ce compagnonnage, où l'informel
a une grande place, des réunions de formation sont proposées
deux fois par an, ainsi que des bilans qui permettent d'améliorer
peu à peu le service rendu aux personnes.
Rien n'est acquis non plus au niveau du financement : il a fallu
se lancer dans la constitution de dossiers, appuyées par
notre conseil d'administration. Les pouvoirs publics, intéressés
par la formation individualisée qu'offre La Clé,
traduisent heureusement cet intérêt en termes de
subventions des titres divers, même s'il faut recommencer
chaque année l'exercice et trouver de nouveaux sponsors
pour faire face à la demande toujours croissante. Les
dons (voisinage, Fondations diverses, amis, Lions' Club, Province,...)
alimentent aussi le budget.
FAIM DE PAIN ET DE SAVOIR cohabitent dans les locaux de La Cl,
accrochés au flanc de la chapelle- PRESENCE, ouverte au
public du lundi au vendredi, o* l'eucharistie est célébrée
le jeudi soir à 18h30. PRESENCE sûre et agissante
dans nos vies, venue pour tous, tous les jours et jusqu'à
la fin des temps."
- Soeur Ancilla LIDOINE
RETROUVAILLES
En Belgique
Il y a une soixantaine d'années, Herman Nowak, jeune juif
de Bruxelles, était destiné à l'extermination
par la "solution finale" imaginée par les nazis.
Sa famille a été déportée dans les
camps. Grâce à la prémonition de sa mère
et à la générosité de quelques Belges
cependant, Herman, sous une fausse identité, a été
placé dans un home-château dans les faubourgs de
Louvain. Madeleine Sorel, directrice, accueillait des enfants
cachés dès leur plus jeune âge. Herman fut
son premier enfant juif caché, mais bien d'autres suivirent
de tous âges.
De son côté, Mademoiselle Degreef (plus tard notre
Sur Marie Stéphane), après ses études à
l'Ecole normale d'Andenne, apprend d'une monitrice du home que
Madeleine Sorel cherche une institutrice pour les petits. De
1942 à janvier 1944, Sur Marie Stéphane fut donc
monitrice des petits enfants cachés au home Beau Séjour.
Cet incroyable passé a resurgi dernièrement sous
forme de livre témoignage écrit par Herman Nowak
(Herman Nowak. Cyril Berger, enfant caché 1942-1944;
un enfant juif et des Justes parmi les nations. Editions La
Longue Vue, Bruxelles, 2000.) et pour Sur Marie Stéphane
par le biais d'un article dans un quotidien belge.
En août 2002, un groupe d'ex-pensionnaires de Beau Séjour
se retrouvèrent à Evere. L'héroïne
du jour, Sur Marie Stéphane, s'y rend. Après 58
ans, joie profonde des retrouvailles !
C'est une très belle histoire que seule Sur Marie Stéphane
peut raconter dans tous ses détails émouvants.
N'hésitez pas à en profiter si l'occasion se présente.
En France
Sur France 2, Michel Drucker présente une très
belle comédienne de films français, Carole Bouquet.
Pendant l'émission, il présente aussi un groupe
d'élèves de Mortefontaine. Pourquoi?
Carole Bouquet est une ancienne de Mortefontaine et l'émission
devient une occasion de retrouver son ancienne directrice, Sur
Marie Samuel Lafargue. Elle en donne un beau témoignage:
"Cette sur a beaucoup compté pour moi, dit Carole
Bouquet avec enthousiasme. Les Dominicaines sont les premières
féministes que j'ai connues. Elles voulaient qu'on devienne
quelqu'un."