24 Mai: Fête de la Translation du corps de Saint Dominique

Chronique du 24 mai 1233, racontée par fr Constantin de Orvieto (†1256)

« Après le trépas du vénérable père, le bienheureux Dominique, la puissance divine ne cessa de multiplier continuellement les miracles par ses mérites. […] C’est pourquoi, comme les miracles se multipliaient sans cesse, la sainteté de l’homme bienheureux ne pouvait pas être davantage cachée : la dévotion des fidèles jugea donc digne de transférer son corps qui avait d’abord été déposé en un humble lieu vers un lieu plus noble, en lui rendant l’honneur qui lui était dû. Il semblait en effet indigne – et ce l’était – qu’un piètre coffre renfermât les ossements de celui dont la puissance de Dieu déclarait les mérites par des signes si manifestes.

En ces jours-là, une multitude de frères s’était rassemblée à Bologne pour le chapitre général. Il y avait là aussi frère Nicolas de Giovinazzo, homme fort célèbre par sa vertu comme par son renom. Dans le silence de la nuit profonde, préoccupé par la translation imminente, il s’interrogeait en esprit sur l’incertitude de l’événement à venir, anxieux qu’il était de savoir si le Seigneur daignerait montrer quelque signe pour exalter son saint, Dominique. Se trouvant finalement entre engourdissement et état de veille, il lui sembla qu’un homme debout à ses côtés le regardait et lui disait d’une voix claire : «Il recevra du Seigneur la bénédiction et du Dieu de son salut la miséricorde.»

A l’heure fixée se rassemblèrent ceux qui devaient être là pour mener l’affaire de cette translation. Le tombeau dans lequel gisait caché un trésor si précieux avait été surmonté d’une grande pierre et fermé avec un ciment très dur, de sorte que le moindre souffle d’air ne pût sortir depuis l’intérieur ni pénétrer depuis l’extérieur. A son ouverture, à peine le ciment brisé au moyen d’instruments de fer et la pierre soulevée, le parfum d’une odeur très suave qui s’en échappa aussitôt était si fort qu’il semblait qu’on avait ouvert non pas un sépulcre mais une boutique d’aromates.

Ô miracle stupéfiant mais tout à fait conforme à la raison tout entière !
Il convenait en effet, et il convenait absolument, que ce corps, préservé en cette vie par la puissance divine, rendît aussi une fois mort témoignage de cette virginité. […] Cette odeur était si forte et si formidable qu’elle surpassait absolument tous les aromates par la douceur inhabituelle de son parfum et ne ressemblait à aucune odeur naturelle. Et elle ne se trouvait pas seulement dans les ossements ou la poussière du corps sacré, ou dans le cercueil, mais aussi dans la terre entassée tout alentour, si bien que, transportée par la suite dans des régions lointaines, elle retint longtemps cette odeur. Elle s’attacha tout particulièrement aux mains des frères qui touchaient quelque partie des reliques très saintes, à tel point que, autant de fois qu’on les lavât ou même qu’on les frottât, elles présentaient pendant plusieurs jours le témoignage du parfum qu’elle avaient conservé. Beaucoup de ceux qui parmi le peuple accouraient, aspergés de la même poussière sacrée, reçurent les bienfaits des guérisons.

A cette si vénérable translation furent aussi présents, en plus des frères, des hommes éminents, un archevêque, celui de Ravenne, quatre évêques, celui de Modène, celui de Brescia, celui de Bologne et un autre ; en outre, il y avait aussi le podestat de Bologne avec ses chevaliers qui entouraient en armes le sépulcre, afin que personne ne dérobât quelque fragment des reliques très saintes. Tous furent les témoins de tout ce qui, dans la présente affaire, a été fait humainement ou manifesté divinement pour l’honneur et la gloire de Jésus Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint Esprit pour les siècles des siècles. Amen. »

Constantin de Orvieto
Legende de Saint Dominique, n. 66-70