2ème dimanche de Carême : la Transfiguration
Une méditation de sœur Marie-Théo Puybareau-Manaud (Italie)
La Transfiguration en ce début de Carême — nous voici au 2e dimanche — pourrait surprendre : pleine lumière sur un chemin réputé austère qui semble revenir trop vite chaque année ! Je me faisais la remarque en moi-même à l’approche de ce Carême : pourquoi donc ce mouvement de recul face à son arrivée ? N’est-ce pas un rendez-vous de grâce ? Un temps privilégié de marche avec Celui qui veut tout pour nous ?
Ce 1er mars, j’ai un autre rendez-vous annuel qui exerce sur moi cette « craintive attraction » et m’invite à une préparation qui peut s’avérer aride et exigeante : je cours le semi-marathon Roma-Ostia avant de me lancer, trois semaines plus tard, dans les 42,195 km du marathon de Rome. Cela ne peut s’improviser au risque de manquer le rendez-vous... Voilà plusieurs semaines déjà que je regarde vers ce double objectif pour adapter mon entraînement. Ce n’est pas la première fois, mais même si l’expérience guide et rassure, chaque année est une nouvelle aventure.
Chaque Carême devrait avoir ce goût unique, le regard fixé à l’horizon de la ligne d’arrivée, prêt à franchir une à une les étapes intermédiaires ! À l’approche de ce beau rendez-vous, un mélange de crainte et d’enthousiasme s’invite... Le désir secret de faire mieux, la crainte de ne pas tenir le rythme... Et puis la réalité, le quotidien... qui impose parfois un autre rythme, forçant à ralentir, à franchir les obstacles ou à changer de route à l’improviste... L’horizon reste pourtant celui-là... Il ne change pas !
Le Carême n’a-t-il pas ce visage-là aussi ?! Cette année, quinze jours avant, me voici avec une fâcheuse douleur sous le talon qui met à rude épreuve ma préparation et me force à l’arrêt — momentané, je l’espère... La crainte et le découragement sont à la porte : pourrai-je courir encore ? Dois-je abandonner ce projet et laisser tomber ce double rendez-vous ? Pourquoi donc cet obstacle imprévu qui se dresse soudainement... Imprudence, faiblesse... ?
Dans ce creux, ce passage aride, le désir et la volonté, la confiance et l’expérience, la présence et le soutien... sont comme autant de lumières qui viennent me dire : « Ne crains pas, relève-toi, accueille ce temps de pause, fais confiance en ceux qui te guident et te soutiennent, en toi-même, et va... Traverse, avance en confiance... Rappelle-toi et regarde la lumière ! »
Cet arrêt forcé n’est pas une condamnation ni une démission... C’est peut-être un rendez-vous lumineux, au contraire. Ce semi-marathon, rendez-vous de lumière sur la route du marathon, aura peut-être une tonalité en mineur, mais il aura aussi et surtout le goût de la confiance qui te fait traverser les passages arides avec la certitude d’être guidée, accompagnée, épaulée, tenue par tant de présences intérieures et extérieures : des frères et des sœurs qui marchent, courent ou s’arrêtent avec toi au rythme de ta traversée.
Tu n’es pas seule... Non ! Ensemble... Parfois une foule nombreuse, comme ces milliers de marathoniens qui s’élancent pour la Roma-Ostia ou le marathon... Parfois les intimes, Pierre, Jacques et Jean, pour se rappeler ces pauses lumineuses et se redonner courage, confiance et force dans les traversées arides de nos marathons... Goûtons la saveur et la douceur de cette pause lumineuse, qu’elle devienne certitude : « Tu es mon enfant bien-aimé en qui je trouve ma joie... » Quelles que soient les aridités et les ténèbres à traverser, écoute cette Voix !