3ème chronique de la mission à Hontanas

Publié le : 25 mai

Récit des prieures des quatre congrégations dominicaines espagnoles en alliance : Congrégation romaine de Saint-Dominique, Dominicaines missionnaires de la Sainte Famille, Dominicaines de l’enseignement de l’Immaculée Conception, Congrégation de Saint-Dominique.

C’est la deuxième fois que nous nous retrouvons à Hontanas, les prieures des 4 congrégations en alliance : Esther, Arantxa, Ani, Cristina, avec la joie de retrouver Solange, prieure générale des Dominicaines romaines de Saint-Dominique, qui, depuis Rome, tant l’année dernière que cette année, vient se joindre à notre rencontre annuelle.

Hontanas est pour nous, qui parcourons ce chemin d’alliance, un lieu, un moment fort et très important de l’année. Tout au long e la semaine que nous passons ici, nous travaillons, évaluons notre cheminement ensemble, discutons, planifions, renforçons nos liens fraternels, et avançons dans ce rêve commun. Ce sont des jours où nous pouvons prier tranquillement, sans précipitation, ouvrir nos cœurs, partager notre vie, nous réjouir du chemin parcouru, regarder l’horizon et entrevoir ensemble l’avenir, nous ouvrir à l’Esprit, écouter où son souffle nous conduit… Vivre une semaine dans ce lieu est pour nous une bouffée d’oxygène, un souffle d’air pur, un temps et un espace sacrés, un repos pour le corps et l’âme, un « verre d’eau fraîche » et un regain de forces après une année intense d’activité.
En plus de tout cela, nous partageons aussi ensemble la mission d’accueillir les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques de toutes cultures, races, nationalités, croyances… qui passent par ce village, épuisés par les jours de marche, brûlés par le soleil, les pieds fatigués par les kilomètres parcourus, mais le cœur ouvert, en quête de sens, de réponses, à la recherche d’eux-mêmes et de Dieu.

Hontanas, qui signifie « SOURCE », est pour ces pèlerins une véritable oasis après la chaleur et la fatigue du chemin. Quand, l’après-midi, sur la place du village, ils nous voient prêtes à les écouter, à les soulager, ils trouvent sans aucun doute le plus beau cadeau de la journée.

Penchées sur leurs pieds fatigués, meurtris, blessés, nos mains glissent sur l’huile douce et transmettent au marcheur, par ce geste : amour, proximité, bonté, paix, et à travers cela, ils ressentent, reçoivent, accueillent l’amour et la bonté de Dieu qui passe vers eux et les inonde. Parfois, il n’y a pas de mots, car ils parlent une autre langue, mais la communication dans le silence est si intense, si profonde, la connexion intérieure est si réelle, que seuls le sourire, le regard, la lumière qui se dégage de leurs yeux nous disent, sans le dire verbalement : Dieu est là. C’est une expérience difficile à exprimer avec des mots. Après le massage des pieds, une poignée de main, une étreinte chaleureuse, quelques larmes qui coulent sur leurs joues laissent entrevoir que quelque chose a bougé en eux.
Un moment très intense : la prière de l’après-midi : « Que cherches-tu ? De quoi as-tu soif ? »… quand ils s’approchent et « boivent de l’eau que Jésus leur donne », l’émotion, la sérénité, la paix envahissent le lieu et le cœur de chacun.

Chaque année, même si nous faisons la même chose, c’est différent, Dieu nous surprend chaque jour et nous offre quelque chose de nouveau. Cette année, nous avons fait l’expérience d’être nous aussi des pèlerines, de parcourir un petit tronçon du chemin le matin et de revenir à Hontanas sous le soleil, fatiguées, les pieds endoloris, assoiffées… quelle différence d’accueillir les pèlerins l’après-midi, après cette expérience : on se met à leur place, on comprend leur fatigue, on écoute, on accueille et… on vit une communion profonde.

Nous retournons maintenant à notre quotidien, mais nous ne revenons pas telles que nous étions venues, quelque chose a également bougé en nous. Le partage est de plus en plus profond ; la connaissance mutuelle s’accroît chaque jour, la recherche commune est de plus en plus intense, la communion entre nous toutes de plus en plus forte et la lumière de l’Esprit continue de tracer notre chemin.

Dans cette oasis de paix, à Hontanas, nous avons reçu de nouvelles forces pour poursuivre notre chemin. Même si ce chemin est long, même si le soleil est parfois brûlant, même si le vent souffle parfois contre nous, même si la pluie nous trempe parfois, cela vaut la peine de le parcourir, mais « la joie vaut davantage » de le parcourir ensemble.

Hontanas, nous nous reverrons l’année prochaine, car l’eau fraîche que nous buvons ici nous manquera, et nous reviendrons ici pour étancher notre soif.