Cinéma : « Amanda » (2018) par Mikhaël Hers

Publié le : 1er janvier

Sortie en salles / Mercredi 21 novembre 2018

Amanda est une petite fille de sept ans qui vit seule avec sa mère. Son quotidien bascule quand sa mère meurt dans un attentat en plein Paris. C’est son oncle David, un jeune homme insouciant, qui va devoir s’occuper d’elle et gérer ce deuil brutal. « Amanda », c’est le titre d’un long métrage délicat qui sort le mercredi 21 novembre sur les écrans français.

Trois ans, presque jour pour jour, après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, la nature de l’événement ravive autant qu’elle la prolonge l’onde de choc de la tragédie. Elle dispense aussi au film un caractère dramatique que Mikhaël Hers réussit à éprouver avec retenue et délicatesse. A cet endroit, néanmoins, s’arrête la correspondance que l’on pourrait vouloir établir entre « Amanda » et les faits ayant réellement existé. Car si l’attentat sert bel et bien de point de départ et de cadre au film, il n’en constitue pas le sujet. Ce qui le conduit, c’est la mise en observation frontale du deuil – le travail des survivants et le chagrin. Thème que portait déjà le précédent film de Mikhaël Hers, « Ce sentiment de l’été » (2015), et que poursuit de façon plus radicale « Amanda ». L’ampleur de la catastrophe engageant ici, à la fois l’individu et le collectif.

Violence du jour où David (oncle d’Amanda) découvre, au milieu d’autres victimes, le cadavre ensanglanté de sa sœur gisant sur une pelouse du Bois de Vincennes, au point de rendez-vous qu’ils s’étaient fixé pour un pique-nique entre amis. Surgi dans la clarté d’une séquence bu-colique, le tableau qui nous parvient à travers le regard du jeune homme apparaît étrange-ment irréel. Une vision onirique à laquelle le film suspend son vol, dans un silence assourdissant. Quelques minutes de sidération avant le retour à la réalité.

Répétition des tâches quotidiennes. Lenteur de la réparation. Arrêt foudroyant de la douleur qui submerge, avant le retour en pointillé des instants joyeux. Mikhaël Hers compose avec ces mouvements contraires, comme au sein d’une symphonie dont l’unité se nourrit de l’intervention de tous les instruments. Laissant s’exprimer chacune des étapes traversées par David et Amanda. Ces deux êtres, dont on ne sait pas toujours lequel aide l’autre, apprennent à se connaître, à s’apprivoiser, à vivre ensemble, au creux d’un chagrin qui les pousse à grandir en accéléré.

Il n’existe pas de remède miracle pour se sortir d’une telle épreuve. Il en existe en revanche pour préserver un film de l’ornière mélodramatique qu’un tel drame sous-tend. Mikhaël Hers en fait la démonstration dans « Amanda », comme dans chacun de ses films, où il prend soin d’arrimer son sujet à des lieux précis et à des séquences de la vie quotidienne. La détresse et les larmes de David au milieu de la foule grouillante d’une gare, la colère d’Amanda à propos d’une brosse à dents, les phases de découragement trouvent leur place, par touches succes-sives, dans un panorama plus large qui emporte l’histoire vers un autre courant. Celui de Paris, où la vie continue, où les terrasses des cafés sont pleines, où les rues défilent à la grâce d’une promenade à bicyclette. Mais où, aussi, les choses ont changé.

Parcs fermés au lendemain de l’attentat, portiques de sécurité dans les lieux publics, présence militaire s’affichent comme les indices d’une époque dont le film se fait le témoin. Au même titre que la précarité, la multiplication des petits métiers, la location des appartements à la semaine, dont Mikhaël Hers a choisi de ne pas faire l’économie en situant « Amanda » dans les quartiers encore populaires du 12ème arrondissement.

De ce climat de violence et de fragilité, le cinéaste tire une élégance qui lui est propre. Une pudeur qui se manifeste à travers un art de l’ellipse et de la respiration dont on ne peut que lui savoir gré. Ainsi voit-on dans ces échappées belles – sur les hauteurs de Périgueux ou dans l’enceinte de Wimbledon – le signe d’une politesse, une autorisation à souffler. Et c’est alors seulement, à l’issue de ce trajet commun, que Mikhaël Hers s’accorde enfin le lâcher-prise. Dans un final mélodramatique parfaitement assumé, où, sur le visage d’Amanda, s’inscrit, à travers les larmes et le rire, tout le chemin parcouru.

Sœur Hélène Feisthammel

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