Bénédictions de Pâques de sœur Margaret Mayce pour DSI*
« Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre. » (Matthieu 27, 61)
Chères sœurs et chers amis,
Cette année, notre célébration de la grande fête de la Résurrection revêt une saveur particulièrement poignante. Nous regardons autour de nous et nous semblons être cernés de toutes parts par la mort et la destruction ; par la perte de tant de vies innocentes ; par la dégradation continue de notre environnement ; par la cupidité, la rhétorique violente et l’abus de pouvoir de tant de nos dirigeants ; et nous nous demandons… quand tout cela cessera-t-il ? Quand la justice l’emportera-t-elle ? Quand y aura-t-il enfin la paix ?
Je trouve un indice pour répondre à ces grandes questions dans le récit de saint Matthieu sur l’ensevelissement de Jésus et sa Résurrection.
« Le soir venu, un homme riche d’Arimathie, nommé Joseph, vint… ; Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre. »
Les femmes sont restées. Les femmes ont veillé. Les femmes ont refusé de laisser la mort briser les liens de l’amour et de l’affection. Les femmes ont pleuré comme le font les veuves, sans encore se rendre compte qu’elles portaient en elles le pouvoir des sage-femmes.
« Après le sabbat, Marie de Magdala et l’autre Marie se rendirent au tombeau… »
Et un ange les invita à voir l’endroit où il reposait, et leur dit d’aller vite annoncer à ses disciples qu’il était ressuscité d’entre les morts. Et Jésus les rencontra en chemin et leur dit : « N’ayez pas peur ! » Au milieu de leur confusion et de leur chagrin, la prise de conscience que Jésus vit ! Et fidèles à leur rôle de « sage-femmes » de l’avenir, elles apportent cette nouvelle à ses frères.
Lorsque nous sommes prêts à regarder la mort en face, à nous asseoir face aux tombeaux de nos vies et de notre monde et à veiller, sans laisser la mort briser les liens d’amour et de communion que nous partageons avec tout le peuple de Dieu, la cause de la justice sera bien servie et nous rapprocherons un peu plus ce monde de la paix à laquelle nous aspirons.
La question qui se pose à nous est donc simple : serons-nous prêts à porter le don qui nous est offert…
et la responsabilité qu’il nous appelle à assumer ? Ou bien allons-nous nous dérober en silence devant la transformation à laquelle il nous invite, craignant le prix à payer ? Car la Résurrection ne peut être que le signe avant-coureur de quelque chose de nouveau ; jamais un retour à ce qui était…
Ces mots de la poétesse guatémaltèque Julia Esquivel ont été pour moi une source d’inspiration. Peut-être le seront-ils aussi pour vous.
Menacés de résurrection
Ce n’est pas le bruit dans les rues
qui nous empêche de nous reposer, mon ami…
C’est quelque chose en nous qui nous empêche de dormir,
qui nous empêche de nous reposer,
qui ne cesse de battre
au plus profond de nous…
Rejoignez-nous pour cette veillée
et vous saurez ce que c’est que de rêver !
Alors vous saurez combien il est merveilleux
de vivre sous la menace de la Résurrection !
Rêver éveillé,
veiller endormi,
vivre tout en mourant,
et nous savoir déjà
ressuscités !
Puissions-nous ne jamais douter de notre capacité à être les artisans d’un avenir ancré dans l’espoir et la promesse du Christ ressuscité. Et puissions-nous toujours savoir que nous sommes déjà ressuscités !
*DSI : Dominicain Sisters International (https://dsiop.org/)