Cinéma : « Arctic » de Joe Penna

Publié le : 24 avril

Sortie en salles / 6 février 2019.
Sélection officielle / Festival de Cannes 2018.

Le premier long métrage du Brésilien Joe Penna permet à Mads Mikkelsen (Overgard) de faire preuve de son endurance dans le rôle d’un aviateur naufragé au nord du cercle polaire. Le genre a fait ses preuves au Festival de Cannes : l’homme seul qui lutte contre les éléments pour sa survie. Au nord du cercle polaire, arctique, comme le titre l’indique.

Joe Penna, le réalisateur, s’est fait connaître sur You Tube avec une « chaîne » consacrée à la musique expérimentale et aux courts métrages. Il a par ailleurs tourné des films publicitaires. Pour son premier passage au long métrage, il a bénéficié du concours de Mads Mikkelsen, acteur réputé pour ses prises de risques autant que pour son jeu puissant.

« Arctic » s’apparente au « survival » en territoire éloigné et désert qui a connu d’illustres précédents comme « Seul au monde » de Robert Zemeckis (2001) ou « Seul sur Mars » de Ridley Scott (2015). Le premier intérêt du film de Penna, qui a coécrit le scénario, est de ne nous donner aucun indice sur les motifs de la présence d’Overgard dans cette région reculée du globe.

Le spectateur en quête de narration explicative ne trouvera ni flashback sur sa vie passée, ni photos de famille, ni monologue en voix off précisant les circonstances de la panne d’avion dont il a été victime. Du coup, la moindre des expressions faciales de l’acteur ou ses choix pour survivre au sein d’une nature sauvage et immense permettent de mieux cerner ses traits de personnalité.

« Arctic » joue ainsi la carte du film contemplatif, peu habituel dans ce genre de production, les activités d’Overgard étant filmées à la manière d’un documentaire. Joe Penna est par ailleurs habile dans sa manière d’utiliser les temps forts qui viennent contrecarrer les efforts de son personnage. Même dans les moments les plus difficiles, aucun pathos ni surlignage musical ne viennent faire glisser le film sur la pente de la sensiblerie.

L’arrivée rapide d’un second personnage, qui tiendra le rôle de « Vendredi » dans l’existence solitaire d’Overgard, pourra paraître comme une convention de scénariste. Mais elle insuffle au film un autre rythme : la tension qui en résulte contraste avec le ton d’exercice de style brillant mais un peu vain qui se dégage des premières minutes d’ « Arctic ».

Sur le plan visuel, les décors et la photographie sont magnifiques. Purs. On ne se lasse pas de ce désert de glace à perte de vue duquel, étrangement, il se dégage une atmosphère oppres-sante. Les conditions de tournage furent extrêmes aux dires du réalisateur et cela se ressent tout au long du film tant dans le jeu d’acteur que dans la réalisation globale.

Au final, « Arctic » est plus que recommandable, même s’il ne révolutionne pas le genre. Au plus intime de mon cœur monte le cantique : « Et vous, le gel et le froid, bénissez le Seigneur, et vous, la glace et la neige, bénissez le Seigneur ! ».