Cinéma : « Les citronniers » par Eran Riklis

Publié le : 2 janvier

Sortie en salles / 23 avril 2008.
Disponible en D.V.D.

Bien qu’il soit né en 1954 à Jérusalem et qu’il vive en Israël, Eran Riklis a coutume de se définir comme un « cinéaste du monde », ayant vécu tour à tour en Israël, au Canada, aux Etats-Unis et au Brésil. C’est l’article d’un journal israélien relatant les démêlés du ministre de la Défense d’Israël avec ses nouveaux voisins palestiniens, qui a été le point de départ du film.

Salma vit dans un petit village palestinien de Cisjordanie, situé sur la Ligne verte qui sépare Israël des territoires occupés. Sa plantation de citronniers est considérée comme une menace pour la sécurité de son nouveau voisin, le ministre israélien de la Défense. Il ordonne à Salma de raser les arbres sous prétexte que des terroristes pourraient s’y cacher. Salma est bien décidée à sauver coûte que coûte ses magnifiques citronniers. Quitte à aller devant la Cour Suprême !

Prix du public du meilleur film à la « Berlinade » 2008, « Les citronniers » est une plongée belle et émouvante dans la vie quotidienne des israélo-palestiniens, qui change notre vision parfois trop simpliste du conflit. Le cinéaste évite tous les écueils de son sujet (compassion, politiquement correct et filmique, manichéisme et autre travers du film à thèse) pour signer une réalisation sobre et nuancée. Le drame personnel de son personnage central émeut (géniale Hiam Abbass) et on apprécie l’intelligence de la narration.

Le rythme du film est parfois assez lent, et le métrage aurait peut-être pu s’alléger de quelques lourdeurs. Sur la forme, c’est aussi bien fait. Une belle photographie lumineuse et naturelle sert des décors aussi simples qu’authentiques. On se sent réellement en Israël, avec cette lu-mière particulière, ces étendues désertiques sur lesquelles tranche le vert des citronniers. Le film est frais et lumineux. La mise en scène sobre, sans effet de style, presque documentaire parfois, est remarquable. Le tout servi par une bande son très restreinte.

Le casting est aussi séduisant. Hiam Abbass (Salma) livre une belle prestation. D’une extrême pudeur, elle parvient à rendre avec peu les émotions qui traversent son personnage, et à incar-ner la dignité d’une femme pour préserver son patrimoine. Salma est seule. Salma est veuve. Salma ne vit que pour les citronniers hérités de son père. La caméra d’Eran Riklis, qui nous avait déjà bouleversé avec sa « Fiancée syrienne », scrute ici la fragilité et la force de cette femme, qui nous emmène dans son combat.

Plein de subtilité et de non-dits, « Les citronniers » est une véritable métaphore du conflit israélo-palestinien. Un souffle d’espoir s’élève de ce film qui unit par la plume un réalisateur israélien et une scénariste palestinienne : un nouveau pas vers une paix depuis longtemps rêvée. Dernière image du film : les citronniers sont rasés, mais non déracinés. Pourront-ils se relever ? Fondu au noir sur l’écran. A chacun de répondre.

Sœur Hélène Feisthammel