Cinéma : « Les filles du soleil »

Publié le : 6 novembre

Sortie en salles le 21 novembre 2018

C’est peu dire que « Les filles du soleil » est très attendu. D’une part pour Eva Husson dont le premier film « Bang-Gang » (chronique de la dérive érotique d’un groupe d’adolescents) nous avait séduit. D’autre part pour son sujet : les unités de combattantes kurdes contre Daech, entre Syrie, Irak et Turquie. Et enfin, parce qu’on était curieux que le cinéma français s’empare d’un terrain dont il est peu coutumier, celui du cinéma de guerre et d’intervention sur l’acutalité récente.

« Les filles du soleil » primé au Festival du film politique de Porto-Vecchio (grand prix du Jury et remise du Napoléon d’or), filme la rencontre entre Bahar (Golshiftech Farahani) et Mathilde (Emmanuel Bercot). Rencontre entre une femme soldate et un grand reporter de guerre. Ces femmes-courage, dont nos autorités dénigrent l’existence du peuple, mériteraient qu’un film leur soit consacré. Husson s’attache à filmer en particulier Mathilde, en référence à la reporter américaine Marie Colvin tuée en Syrie en 2012.

Les instants de jeu non dialogués de Bahar sont assurément les moments où, à la seule force de son regard profond, elle fait preuve de plus d’intensité. Le lourd passé chargé en traumatismes de son personnage, que l’on peut ressentir dans ces quelques instants de non-dits soutenus, sont illustrés par un flash-back peut-être trop démonstratif. Husson s’engouffre dans cette brèche, allant jusqu’à accorder à cet art narratif plus de la moitié de son long métrage. Elle ne nous y épargne aucun effet tire-larmes.

Ce que « Les filles du soleil » offre de plus réussi est en fin de compte la beauté de ses décors, filmés dans les montagnes de Géorgie. Ce qui fait naître l’inspiration au cinéma est un mystère. Une couleur ? Une forme ? Une sensation ? Une matière ? L’inspiration se nourrit du beau et devient acte de création. Elle donne vie à un projet unique : ici un film politique. La bataille de la mémoire est loin d’être achevée. A nous d’écrire dans le générique de fin de film la signification de la lumière qui baigne le visage de Mathilde, tandis que celle-ci commence à rédiger un article sur « Les filles de l’espoir ».

« Un jour viendra. Un jour couleur orange. Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront. » (Aragon) Tel est le pari du film. A une condition : oser être spectateur et engagé.

Sr Hélène Feisthammel