Cinéma « Leur souffle » 1/2

Publié le : 28 janvier

Mes Sœurs,
Je me permets de vous adresser de larges extraits de l’interview de la réalisatrice de « Leur souffle ». (2/2) En effet, cela me permet de revisiter avec vous les valeurs qui sont les miennes depuis plus de trente ans. « Du spirituel au cinéma » : tel est l’enjeu de ce que je perçois comme une « mission » parmi les hommes et les femmes d’aujourd’hui et de demain.

Il est temps que les spectateurs voient dans le cinéma, non seulement du caché qui s’ajoute, mais aussi du « profond qui se déploie ». L’image offre en apparence une finitude, une opacité qui empêchent le spectateur d’aller plus loin que ce qu’il voit. Or, étudier les classiques du 7ème Art conduit à la certitude que les grands metteurs en scène n’ont pas assemblé des images pour représenter ou figurer quelque chose. A un degré plus ou moins élevé, l’écran est devenu pour eux une sorte de surface magique et transparente, une eau sans fond. L’image, loin d’avoir la matité d’un objet, s’est mise à exister au-delà d’elle-même, en se spiritualisant dans une échappée indéfinie de profondeurs. Elle n’est plus un tout circonscrit, clos sur lui-même. Elle devient ouverte, perméable à l’indicible, à l’ineffable.

« Le vrai langage du cinéma est celui qui traduit l’invisible. Je tente de traduire plutôt des sentiments que des faits ou des gestes. J’essaie de substituer un mouvement intérieur au mouvement extérieur. » (Robert Bresson, 1951). Ce qui est remarquable, dans cette citation de Robert Bresson, c’est la largesse avec laquelle il conçoit le spirituel au cinéma. Le spirituel n’est pas délimité, balisé, enfermé. Il rejoint de façon inattendue, improbable, les personnages de Bresson qui sont comme autant de surfaces photos-sensibles à cette lumière particulière du divin. Bresson est chrétien.

Chez d’autres cinéastes, de manière plus implicite, c’est la soif spirituelle des personnages, leur nostalgie, leur désarroi qui feront transparaître de loin en loin le « divin ». En aucun cas, le spirituel au cinéma n’affranchit l’homme de sa vie, ne l’élève au-dessus du monde, mais il le rend plus humain encore.

- C’est ainsi qu’un cinéaste comme Andreï Tarkovski fait l’éloge de la fragilité humaine : chez lui, seuls l’enfant et le pauvre d’esprit sont touchés par la « grâce ».

- Krzysztof Kieslowski, lui, met en scène le dilemme du choix entre science et Foi, rationalité et irrationalité, en montrant qu’il ne s’agit pas d’un choix exclusif, mais d’un passage permanent.

- Enfin, Alain Cavalier, incroyant, ne dispense pas « Thérèse » des ambiguïtés de son personnage. Sa sainteté est empreinte d’un goût de vie et de mort. Thérèse est aussi et d’abord une femme.

Ces différentes formes de spiritualité ont comme point commun leur enracinement dans la vie et dans l’expérience cinématographique elle-même. Le film est une incarnation multiple qui propose au spectateur une contemplation à la mesure de son mystère.

Chercher la dimension intérieure du cinéma, son sens proprement spirituel, c’est chercher d’abord dans le sujet lui-même du cinéma, qui n’est autre que l’homme. Rien de ce qui intéresse l’homme ne peut laisser les cinéastes indifférents. Plus qu’aucun autre art, le cinéma parle de l’homme directement, en l’envisageant dans son univers, dans sa quête et son aventure.

Il serait pourtant faux d’imaginer qu’il veuille pour autant lui « délivrer un message » claire-ment discernable, accessible à un premier degré. Ce n’est pas interdit bien sûr. Il y a eu des films de propagande, et des cinéastes généreux ou engagés réalisent des films à dimension politique, sociale ou religieuse. Ce n’est pas la générosité des auteurs qui les rend convaincants, c’est la qualité de leur art. C’est pourquoi je vous communique des clés de lecture pour chaque film proposé à votre attention. C’est ma mission. Et j’en suis fière et heureuse. Merci à vous qui me lisez.

Sœur Hélène Feisthammel