Cinéma « Leur souffle » 2/2

Publié le : 28 janvier

« Leur Souffle » : un film sur les moniales de Jouques (Aix-en-Provence) pour « donner à voir une expérience de relation à Dieu », par Cécile Besnault.
Sortie en salles / courant mars 2019.

Extraits d’une interview (2015) de Cécile Besnault, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière, 23 ans, réalisatrice d’un film documentaire intitulé « Leur Souffle ».

« (…) « Leur Souffle » est un film documentaire sur les Bénédictines de l’Abbaye de Notre Dame de Fidélité, à Jouques, près d’Aix-en-Provence. Nous avons eu la chance exceptionnelle de pouvoir filmer en clôture. Et la confiance et la bienveillance des moniales vis-à-vis de nous, nous ont permis d’établir une belle relation entre filmeurs et filmées, ce qui est indispensable pour réaliser un beau documentaire.

C’est en passant quelques jours dans cette abbaye, à Noël, que j’ai été marquée par les moniales que j’y ai rencontrées. Elles rayonnaient, chacune à leur manière, d’une joie profonde et sereine. En parlant avec elles, j’ai été impressionnée par leur grand équilibre qui faisait d’elles des femmes fortes. Ce film s’est imposé à moi comme une nécessité : j’ai senti qu’il était crucial de rendre ce témoignage, mais j’étais consciente qu’il ne serait pas aisé de filmer en ces lieux (…).

Je fais miennes les paroles d’un cinéaste russe que j’admire beaucoup, Andreï Tarkovski : « Si je devais dire en quoi consiste ma vocation, je dirais qu’elle consiste à tendre vers l’Absolu en cherchant à élever le niveau de mon art. ». L’Art doit en effet être tendu vers la Vérité et doit chercher un peu de ce qui est caché en ce monde. Cependant, si l’Art doit y tendre, là n’est pas l’essentiel : connaître la vérité n’a du bon que si elle nous porte vers un plus grand amour. « Nous sommes crucifiés dans une seule dimension, alors que le monde est multidimensionnel. Nous le sentons, et nous souffrons de l’impossibilité de connaître la vérité. Mais il n’est pas nécessaire de connaître. Il faut aimer. Et croire. La foi est la connaissance à l’aide de l’amour. » (Journal, Andreï Tarkovski) Ainsi la démarche de « Leur Souffle », plus qu’une recherche de vérité, est une invitation à être pleinement homme, en aimant.

Je filme sans interviews pour inviter le spectateur à vivre une expérience en regardant ce film. En effet, je veux donner à voir une expérience de relation à Dieu. Dans son livre « Le Temps scellé », Tarkovski explique le besoin qu’a l’être humain d’entendre des histoires, et plus parti-culièrement, de voir des films : « Le spectateur ressent le besoin de cette expérience de substi-tution, comme pour combler ce qu’il a oublié ou négligé, soit dans une sorte de « recherche du temps perdu. ». Voir un film peut ainsi ouvrir l’esprit et éveiller le cœur.

Je souhaite laisser le temps au spectateur d’apporter sa propre expérience à ce qu’il voit, pour que mon film dépasse les limites de l’écran. Pour cela, je veux laisser le temps s’écouler au sein de chaque plan (…), réaliser des plans fixes. Quant au cadre, nous donnons une attention particulière aux visages des moniales, que nous isolons dans certains plans.

Je pense notamment aux cadrages très dépouillés de « Thérèse » (1986) d’Alain Cavalier aux-quels s’ajoute la fixité. L’image prend alors une force incroyable, tandis que les cadrages per-mettent d’obtenir une attention particulière sur les visages filmés. Quand je parlais avec mon chef opérateur des images souhaitées pour le film, je lui parlais souvent des tableaux de Jean-François Millet, et notamment de « L’Angélus », ainsi que des « Glaneurs », qui sont de grandes références picturales pour « Leur Souffle ».

J’aimerais m’adresser aux croyants, comme à ceux qui n’ont pas la Foi et que le film pourrait interpeller et questionner. Les interrogations que je veux soulever touchent l’humain dans tout ce qu’il est. Je pense que la soif de Dieu est universelle, bien qu’elle ne soit pas toujours conscientisée pour chacun. Un film est un bon moyen de toucher le cœur des autres. C’est une façon délicate d’évangéliser. Donner une expérience à vivre, un témoignage à voir, et permettre à chacun, où qu’il en soit, d’avancer un peu plus loin dans sa spiritualité. (…) »