Cinéma : « Marche ou crève » par Margaux Bonhomme

Publié le : 2 janvier

Sortie en salles le 5 décembre 2018.

Elisa qui a grandi dans la nature escarpée du Verdon et voudrait la quitter, ne serait-ce qu’un temps, se retrouve « prisonnière » : sa mère, épuisée, a quitté la maison, et c’est dorénavant à elle qu’il revient de s’occuper de sa sœur, lourdement handicapée, avec leur père qui refuse de la confier à un établissement spécialisé. Sacrifie-t-on sa vie quand on la consacre à autrui ? L’amour pour un être cher et dépendant peut-il tourner à la haine ?

Ces questions, la réalisatrice les pose de manière à la fois brutale et attentionnée. Les soins sont au centre de la fiction, mais dans cette mise en scène heurtée, voire accidentée, ce sont les cris qui prennent le dessus telle une musique lancinante, belle et déstabilisante. Face à Jeanne Cohendy (la sœur), révélée par sa composition époustouflante, Diane Rouxel irradie à nouveau l’écran. Après « Volontaire », elle confirme qu’elle est une très grande actrice.

Margaux Bonhomme fait un travail d’improvisation sur toutes les scènes pour aller jusqu’au bout de leurs enjeux et même les dépasser. Tous les dialogues du film ont été réécrits prati-quement au fur et à mesure. C’est une étape indispensable pour permettre aux comédiens d’incarner les personnages, en s’appropriant leurs émotions et leurs mots, avec leur façon de parler.

Grâce à Julien Roux, son chef-opérateur, Margaux Bonhomme a pu tourner en pellicule. Il pas-se beaucoup plus d’émotion dans la pellicule que dans le numérique. J’aime à croire que c’est dû au fait que la lumière doit traverser la pellicule pour l’exposer, alors que le numérique enre-gistre froidement des données. Tourner en Super 16 amène plus de cohérence, plus de tenue naturellement. On est davantage dans l’instinct.

Après avoir travaillé auprès de photographes de Magnum et de Rapho, c’est par le cinéma que Bonhomme acquiert la maîtrise technique de l’image. En 1998, elle devient directrice de la photographie en fiction et en publicité. C’est ce rapport à la photo qui l’a guidée pour choisir le format carré de l’image, car elle voulait que le film soit un « portrait » d’Elisa, et de sa famil-le. Cela lui a permis de rendre ses personnages plus proches du spectateur.

Si certains peuvent ne voir dans le titre « Marche ou crève » que la métaphore militaire, il en est autrement pour la cinéaste. « C’est provocateur, c’est violent, mais c’est à cette dureté que sont confrontés mes personnages. Le film est plus tendre que je ne l’aurais cru. C’est mon leitmotiv quand je fais un film. Je sais que l’image va me révéler quelque chose que j’ignorais sur moi-même et sur ma vision des choses. »

Sœur Hélène Feisthammel