« Dispose le commencement, dirige le progrès, couronne la fin »

Publicado el : 10 de junio de 2016

Discours prononcé par Sœur Christine Gautier OP à l’occasion de la remise de son Prix Henri de Lubac 2016 pour sa thèse sur le travail humain et la providence.

Éminence,
Monsieur l’Ambassadeur,
Éminents membres du jury,

La prière de Saint Thomas avant l’étude s’ouvre par une louange au Créateur, « qui a disposé avec tant d’art les parties de l’univers », lui qui est « source de lumière et de sagesse ». Elle célèbre également la présence de cette lumière divine en l’intelligence humaine, pour venir à bout du péché et de l’ignorance, lui demandant pénétration, mémoire, méthode et sagacité dans l’interprétation, elle appelle la bénédiction divine par la formule suivante : « Dispose le commencement, dirige le progrès, couronne la fin ». Reprenant cette prière, j’étends volontiers cette demande à tout travail humain que Dieu accompagne dans sa Providence, du commencement à l’accomplissement, que ce travail soit intellectuel ou non.
Providence, travail humain : voilà les deux thèmes qui sont à l’origine de ma recherche. L’agir humain et l’agir divin ont chacun dans leur domaine leur efficacité propre mais la connexion des deux n’est pas évidente. Pourtant le travail humain, quotidien, pénible parfois, voire malade dans nos économies essoufflées, est instrumental dans le plan de Dieu. Il participe donc à ce gouvernement divin qui reconduit toutes choses à Dieu. C’est ce que j’ai voulu montrer dans ma thèse et si l’homme peut être ministre de Dieu dans le déroulement temporel du plan providentiel, cela transforme la perspective et la rend plus attrayante.
Ainsi, de même que, prier est une forme de collaboration à l’œuvre divine, non « pas pour changer l’ordre établi par Dieu, mais pour obtenir ce que Dieu a décidé d’accomplir par le moyen des prières des saints. » (II-II, 83, 2), analogiquement travailler participe à ce même dessein. Non que nous travaillions pour créer le monde de toutes pièces mais, par notre travail, nous collaborons à ce que Dieu a décidé de faire par nous, à travers nous, et donc par le biais de nos libertés contingentes et créatives, dans les circonstances particulières et uniques données à chacun et qui incluent la complémentarité des talents et l’entraide naturelle (ces deux dernières inclinations étant d’ailleurs posées en nous par la Providence).
Ainsi, ma thèse récompensée aujourd’hui par le prix de Lubac s’insère dans un vaste réseau de dons reçus et mis en circulation. J’adresse donc mes remerciements en priorité au Seigneur qui dans sa bienveillante Providence, m’a guidée tout au long de ce travail, « disposant le commencement, dirigeant le progrès, couronnant la fin ». Et puisque l’essentiel du gouvernement est constitué par la disposition des ministres comme dit Saint Thomas, je tiens à remercier tous ceux qui ont été pour moi signes et instruments de la Providence : ceux qui m’ont soutenue dans la foi, ma prieure provinciale, mes sœurs de communauté qui m’ont encouragée dans ma recherche théologique, parents, amis, frères et sœurs présents et absents, la communauté universitaire de l’Angélique, et parmi eux j’adresse un remerciement tout spécial à mon directeur de thèse, le frère Emmanuel Durand, qui a accompagné mon travail avec grande sagesse et délicatesse, et partage avec moi la joie de ce jour même s’il est absent.
Pour finir, je souhaite formuler un vœu, en reprenant une formule de Thomas d’Aquin : « le plus divin de tout, c’est de devenir le coopérateur de Dieu » (SCG, III, 21). Devenons donc collaborateurs de Dieu, chaque jour, au fil de notre travail, chacun avec nos propres dons et soyons ainsi providences les uns pour les autres ! Je vous remercie de tout cœur.

Rome, le 7 juin 2016
Sr Christine Gautier op