Drunk de Thomas Vinterberg (novembre 2021)

Publié le : 4 janvier

Chronique cinéma de soeur Hélène Feisthammel

Martin, Tommy, Peter et Nikolaj, quatre amis enseignants veulent tester une nouvelle théorie d’un professeur norvégien. En maintenant un niveau constant d’alcool, tous croient améliorer sensiblement leur vie personnelle et professionnelle. Afin de respecter cette théorie, ils se mettent à boire pendant leurs heures de travail, ce qui n’est pas sans conséquence. Martin propose d’augmenter la dose. Tous perdent bientôt le contrôle de leur vie professionnelle et sentimentale. Leurs épouses leur demandent de cesser immédiatement cette expérience grotesque, et leur hiérarchie est sur le point de les sanctionner.

« Les hommes naissent égaux et puis ils se mettent à boire », disait Coluche. Une saillie qu’on peut interpréter différemment selon que l’on considère la boisson comme un poison ou un bienfait. Face au film, on peut privilégier une lecture politiquement incorrecte et, même, dénoncer les risques de l’abstinence, qui empêche d’atteindre ce degré d’éveil éphémère procuré par l’ivresse. De toute évidence, Thomas Vinterberg choisit ce camp-là, lui qui n’aime rien tant que mettre à nu les vices enfouis sous le vernis de la bonne société. Sans jamais nier les ravages de l’alcoolisme (un des protagonistes finira mal à force de ne pas respecter les doses prescrites), le réalisateur refuse de verser dans le discours culpabilisateur. Le prof d’histoire interprété par Mads Mikkelsen prend un malin plaisir à mettre en avant les grands hommes portés sur la bouteille (Churchill, Tchaïkovski, Hemingway…) devant des élèves enfin captivés par son cours, auparavant hautement soporifique.

Certains pourront juger pareil film bas de plafond ou inconséquent, mais Vinterberg est, jusqu’au bout, davantage dans le constat que dans l’apologie. Au Danemark, comme ailleurs, la consommation d’alcool est un rituel, pour le pire et parfois le meilleur. La scène finale, une danse improvisée, libérée par la bière, sur les quais du port de Copenhague, témoigne-t-elle de la beauté fragile qui peut surgir d’un léger état d’ébriété ?

Film à « voir avec modération » !