Francisco De Vitoria, op : la dignité humaine, hier et aujourd’hui

Par la sous-commission Justice, Paix et Intégrité de la Création

1. Sa pensée sur la dignité humaine

En 1511, le frère dominicain Anton de Montesino lance aux Espagnols la brûlante question sur la dignité des indigènes lors de la découverte et de la conquête de l’île de Hispaniola : « Et ceux-ci ne sont-ils pas des hommes ? N’ont-ils pas une âme rationnelle ? N’êtes-vous pas obligés de les aimer comme vous-mêmes ? ». Quelques années plus tard, son confrère Francisco de Vitoria donne une réponse et approfondit le thème depuis sa chaire à l’Université de Salamanque : tout être humain est une créature créée par Dieu à son image et à sa ressemblance, indépendamment de sa religion et de sa culture, douée de raison et libre. Il a une valeur, une dignité qui est absolue et universelle, inhérente à la nature humaine. Le manque d’usage de la raison dû à l’âge ou à un handicap ne nuit en rien à la dignité sacrée de la personne, en toutes circonstances.

• « Tous les hommes sont par droit naturel égaux et aucun n’est supérieur par droit naturel par rapport aux autres. »
• « L’homme a été créé dans la liberté, car dans cet état merveilleux d’innocence nul n’était seigneur des autres ni serviteur de qui que ce soit. »
• « Par droit naturel, les hommes sont libres » ; « Les hommes ne naissent pas esclaves mais libres » ; « Aucun prince chrétien n’est seigneur de ces Indiens. »
• « L’enfant n’existe pas à cause des autres, mais à cause de lui-même. »
• « Les malades mentaux à vie, qui n’ont pas et qui n’ont aucun espoir d’avoir la capacité de raisonner, peuvent être propriétaires… ils ont des droits. »

2. Le Magistère de l’Église catholique

Le Magistère de l’Église catholique, ancien et récent, proclame incessamment que la dignité de la personne humaine est au cœur de la pensée morale et sociale de l’Église. Elle est inhérente à son être et ne dépend pas des lois ou de principes changeants. À tout âge de la vie et en toutes circonstances, même quand la capacité de raison de la personne humaine est limitée, amoindrie ou atteinte gravement à cause d’un handicap ou d’une maladie, sa dignité demeure.

• « … la juste conception de la personne humaine, de sa valeur unique (…) Dans l’homme, Dieu a sculpté son image, à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26) en lui donnant une dignité incomparable. » (Centesimus Annus, 11)
• « Une infinie dignité, inaliénablement fondée dans son être même, appartient à chaque personne humaine, en toutes circonstances et dans quelque état ou situation qu’elle se trouve. » (Dignitas Infinita, 1)
• « L’Église au contraire insiste sur le fait que la dignité de toute personne humaine, précisément parce qu’elle est intrinsèque, demeure en toutes circonstances, et que sa reconnaissance ne peut en aucun cas dépendre du jugement sur la capacité d’une personne à comprendre et à agir librement. Sinon, la dignité ne serait pas en tant que telle inhérente à la personne, indépendante de son conditionnement et donc digne d’un respect inconditionnel. » (Dignitas Infinita, n° 24)
• « Que tout être possède une dignité inaltérable est une vérité qui correspond à la nature humaine indépendamment de tout changement culturel. » (Fratelli Tutti, n° 213)
• « La dignité de toute personne humaine doit être respectée maintenant, pas demain, et la situation de misère de tant de personnes à qui cette dignité est refusée doit être un rappel constant à notre conscience. » (Dilexit Nos, n° 92)


Pour poursuivre la réflexion :

1. Quels sont les critères actuels qui vont à l’encontre de l’affirmation de la dignité humaine absolue et universelle de chaque être humain ?
2. Le Pape François affirme l’urgence de respecter la dignité de toute personne « maintenant, pas demain » ; où chacune de nous place-t-elle cette urgence ?

1483/1486, Burgos, Espagne – † 1546, Salamanque, Espagne

Le dominicain espagnol François de Vitoria rejoignit l’Ordre des Prêcheurs en 1504. Il étudia à l’abbaye Saint-Jacques à Paris, où il rencontra Érasme et d’autres humanistes de la Renaissance.
En 1522, il retourna en Espagne pour enseigner aux frères qui se préparaient à devenir missionnaires en Amérique latine. Deux ans plus tard, Francisco de Vitoria fut élu professeur de théologie à l’université de Salamanque, où il devint l’un des penseurs les plus influents de son temps. L’empereur Charles Quint le consultait fréquemment sur la politique coloniale et les droits des peuples autochtones des Amériques. Vitoria affirmait que les peuples autochtones étaient rationnels et membres de sociétés organisées, et qu’ils possédaient donc des droits naturels inaliénables. Son œuvre a jeté les bases du droit international et a profondément influencé le travail de Bartolomé de Las Casas en faveur des Amérindiens.
Aujourd’hui, la salle principale du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève porte son nom, en hommage à son héritage intellectuel, qui a servi la dignité et la valeur de la personne humaine.