France : « Génération COVID », partie 1 : SOS étudiants

Publié le : 10 avril

La succession des confinements, des couvre-feux et des autres restrictions sanitaires, a fortement touché la vie sociale des jeunes de 18-30 ans. Ils ont été surnommés « la Génération Covid ». Beaucoup d’entre eux vivent seuls et dans de petits logements. Parmi eux, les étudiants se révèlent les plus fragiles, contraints entre maintien des cours à distance et perte de leurs petit boulots.

Depuis le 30 octobre 2020, les universités de France n’ont plus repris le déroulement normal et souhaitable des cours en classe. Comme dans d’autres pays d’Europe, la fermeture physique des universités face à la recrudescence de l’épidémie de Covid-19 a entrainé des formes inquiétantes de malaise psychologique au sein des communautés estudiantines, qui s’ajoutent à une pauvreté économique croissante.

Au cours de l’hiver, les médias français ont dénoncé à plusieurs reprises une effrayante augmentation des syndromes anxiolytiques et des pensées suicidaires chez les jeunes. En janvier, dans la région lyonnaise, deux étudiants se sont défenestrés à quelques jours d’intervalle l’un de l’autre, laissant craindre une vague de suicide et poussant les syndicats à alerter le gouvernement.

Précarisés, isolés, exténués, de plus en plus d’étudiants voient leur situation personnelle s’affaiblir. Les logements exigus, les stages introuvables, le décrochage informatique… Alors que la troisième vague pandémique frappe la France et tous les départements sont contraints de rentrer dans la zone rouge, les professionnels de santé alertent tous les acteurs du domaine des jeunes sur l’importance de les soutenir et prendre soins d’eux.

La « Génération Covid » embrasse un âge où normalement on crée des liens, où on se fait des amis, où on construit les propres réseaux sociaux : tout cela est gravement entravé par la pandémie.

La demande de consultation des psychologues a augmenté au point que le Ministère de l’Enseignement Supérieur s’est engagé en cours de cet année a doubler le nombre des psychologues recrutés dans les dispositifs de santé universitaire. Le problème n’est pas facile à résoudre : le manque de psychologues dans les établissements d’enseignement supérieur français est criant ; obtenir un entretien d’accompagnement à Paris ou Lille ou Nantes prend des mois d’attente. Selon un rapport publié en novembre 2020 par Nightline France, la France compte un psychologue en équivalent temps plein pour 29.882 étudiants, contre un pour 1.588 étudiants aux Etats-Unis. Le taux de la France est huit fois inférieur à celui des six autres pays recensés et vingt fois inférieur aux niveaux recommandés. Depuis début mars, un nouveau dispositif d’accompagnement psychologique est financé par l’Etat : à travers Santé Psy Étudiants les étudiants peuvent bénéficier de trois séances gratuites de 45 minutes avec un psychologue, renouvelables, sans avance de frais.

Les étudiants, pour leur part, font entendre leur voix au gouvernement et aux autres institutions sociales depuis plusieurs mois, par des manifestations de rue, des interventions publiques et à travers Twitter sous les hashtags #ÉtudiantsFantômes, #etudiantspasinfluenceurs, #etudiantsoublies.

Mais la situation psychologique n’est pas la seule à être à l’épreuve, car beaucoup d’étudiants se retrouvent à lutter contre la pauvreté financière. Alors que 20% d’entre eux vivaient déjà sous le seuil de pauvreté avant la crise, 7 sur 10 déclaraient des difficultés financières au sortir du premier confinement, selon une enquête menée par Fage – Ipsos. Près de 6 étudiants sur 10 ont dû arrêter leur activité rémunérée.

Face à cette situation, deux axes d’intervention ont été mis en place récemment pour accompagner les difficultés financières des étudiants : l’aide de première nécessité (nourriture, logement, hygiène) et la réduction de la fracture numérique (aide à l’acquisition de matériel pour suivre les cours à distance). Il s’agit souvent de colis gratuitement distribue par des associations et des institutions publiques ; d’autres fois, de distribution de repas à 1 euro dans les CROUS (Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires). De nombreux restaurateurs, contraints de fermer leurs portes au public, se sont généreusement engagé à préparer des repas à emporter pour les étudiants dans le besoin. Les mesures semblent encore insuffisantes. La Fondation de France et le quotidien La Croix, pour leur part, se sont associés entre eux afin de mettre en place des collectes de fonds, des dons et l’octroi de bourses pour l’achat de matériel informatique. Plus d’informations peuvent être trouvées à travers l’hashtag #SolidaritéEtudiants.

Si l’année universitaire 2019-2020 a été marquée par l’éruption soudaine et inattendue de la pandémie, cette année 2020-2021 se dessine, pour beaucoup, comme une année entièrement consacrée à l’enseignement à distance et à la vie numérique... dont nous ne pouvons toujours pas bien comprendre les fruits.

sr Federica Casaburi
Poitiers