L’enseignement social de l’Eglise : un trésor à partager

Publié le : 16 mai 2025

Interview de Sr Carmina Pardo à Sr Madeleine Fredell, (5-05-2025)

Carmina : Bonjour Madeleine. J’aimerais te poser quelques questions sur l’Enseignement Social de l’Église, considéré comme un trésor trop oublié.

La première : quelle est, a ton avis, l’importance de cet Enseignement pour les chrétiens aujourd’hui ?

Madeleine. C’est une question très vaste et je dirais que la signification de l’Enseignement Social de l’Église pour les chrétiens et les gens en général est devenue actuellement compliquée en certains points. Il y a eu en cet Enseignement une base éthique, philosophique, social et biblique qui a beaucoup aidé à éclairer les questions sociales en général jusqu’il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui nous vivons des grands changements politiques et sociaux, par exemple, la IA, qui demandent de repenser les réponses à donner aux nouveaux problèmes. Le système démocratique en tant que tel est aussi menacé. La question sur la cohésion sociale devient de plus en plus importante.

Un autre exemple, à propos de la paix. Les textes sont très bons et ils encouragent à promouvoir la paix et le désarmement, mais la réalité est une autre chose. Il y a deux mondes séparés : celui du désir, de la pensée, de notre foi, qui aspire à un monde en paix, et celui de la réalité qui s’impose et pousse à se préparer pour la guerre et à la course à l’armement. Le péril d’une guerre, chez nous, en Suède, ou dans les pays que nous devons défendre à cause des accords établis avec eux (comme la Finlande, l’Estonie et la Lettonie), est devenu un péril réel. En moins de cinq ans, la Suède est passée d’être un pays non-allié et neutre, un pays de désarmement, à une nation membre de l’OTAN et se préparant à la guerre. La condamnation de la production et de la vente des armes dans l’encyclique Sollicitudo rei socialis semble complètement oubliée, peut-être même ridiculisée.

La deuxième question : Quels seraient pour toi les apports les plus significatifs du Pape François à cet Enseignement ?

Madeleine  : Le Pape François a mis sur la table un autre type de paradigme, de nouvelles clés d’interprétation. Il a donné un autre système philosophique pour interpréter et lire la réalité avec quatre principes fondamentaux, exprimés par lui en Evangelium Gaudium, § 222 et suite :


– Le temps est supérieur à l’espace : Le temps est ouvert, le lieu nous enferme. Invitation donc à une ouverture inconnue.
– L’unité prévaut sur le conflit : Respecter profondément les différences pour ne pas créer des conflits qui brisent, qui séparent.
– La réalité est plus importante que l’idée
La fidélité à la réalité est plus efficace que les pensées pour changer et transformer la réalité.
– Le tout est supérieur à la partie

Et ceci peut bien s’appliquer à notre congrégation. La congrégation est plus que ses parties. Même si chaque entité, une partie, est importante en soi, la CRSD est plus riche par l’ensemble des toutes.

La troisième question : Tu avais publié un livre sur L’Histoire de Justice et Paix dans l’Église catholique en Suède et maintenant tu vas publier un autre sur la Doctrine Sociale. Quel est l’objectif de cette nouvelle publication ?

Madeleine. Le manuscrit se trouve déjà chez la maison d’édition et il répond à une demande qui m’a été faite. Ils veulent publier une série théologique et on m’a sollicité pour faire la présentation de la Doctrine Sociale de l’Église. Alors, mon livre est une partie de cette grande série, comme un grand dictionnaire théologique.

C’est donc une œuvre assez classique, qui doit durer dans le temps. Elle montre la richesse de l’Enseignement Sociale – biblique, philosophique, moral et social- mais ne permet pas une analyse des questions de la réalité actuelle plus concrètes, car celles-ci évoluent rapidement.

Finalement, Madeleine, quel est le lien dans ta mission entre la Doctrine Social de l’Église et l’Œcuménisme.

Madeleine. Depuis que j’ai travaillé à la Commission Justice et Paix, j’ai été la représentante de l’Église catholique dans le Conseil Œcuménique de Suède pour les questions de justice et paix, ce qui m’a permis de travailler étroitement avec une vingtaine de dénominations en Suède. La Doctrine Social m’a donné une base théologique avec l’implication pratique de réfléchir aux questions de la « polis ». Mon travail sur cet Enseignement Social a été plutôt celui d’une théoricienne, mais qui n’est pas resté dans les idées. Il m’a permis un large dialogue sur ces thèmes avec les autres. Ceci a été bien accueilli mais elles trouvent que l’Église Catholique a beaucoup de pouvoir sur la scène politique et diplomatique. Je pense que c’est un atout et je l’explique comme un chemin qui puisse aider les autres à penser.

En cette année du Jubilé nous avons retenu deux célébrations œcuméniques : les 1700 ans du Credo de Nicée et les 100 ans de la première Rencontre Mondiale à Stockholm sur l’Œcuménisme, quand l’Église catholique n’était pas encore sur ce chemin.

Le livre sur la Doctrine Sociale, dont je viens de parler, sera présenté à l’occasion de cette grande rencontre Œcuménique au mois d’août. Je souhaite donner l’envie de le lire et de continuer à chercher des chemins de dialogue sur les questions qui touchent le bien de l’humanité.