Laudato Si’ et éco-spiritualité

Publié le : 25 mai 2025

Dans le cadre des 10 ans de l’encyclique Laudato Si, j’ai été invitée à participer à une table ronde sur l’éco-spiritualité, ce dimanche 25 mai à Nancy. A la demande de mes sœurs, je vous partage le contenu de l’une de mes prises de parole.

Question à sœur Carine : « Sur le sujet de l’écologie, on a plus l’habitude de penser à saint François d’Assise et aux franciscains qu’aux dominicains. Pourtant les charismes de prédication et de contemplation revendiqués par ces derniers sont indispensables à notre conversion écologique. Alors comment vivez-vous l’éco-spiritualité en tant que religieuse dominicaine ? »

Vous avez bien raison de ne pas penser spontanément aux dominicains quand vous pensez à l’écologie. Quand je suis arrivée dans la vie religieuse, les sœurs faisaient leur compost et triaient leurs déchets comme tout le monde, mais ça n’allait pas plus loin. La lessive écologique avait du mal à s’imposer parce que « ça ne sent pas le propre ». Mon entrée dans la vie religieuse a été une véritable régression sur le plan écologique, mais j’ai appris autre chose : j’ai appris à faire communauté, à faire corps avec des femmes qui ont une histoire différente, une éducation différente et un âge différent du mien. J’ai appris à marcher au rythme les unes des autres, à être dans une dynamique synodale.

Mais quelque part les raisons qui m’ont poussées à devenir dominicaine sont les mêmes que celles qui m’ont poussé à avoir un souci de l’écologie. Tout cela à cause de Dieu. Je suis entrée dans la vie religieuse dominicaine parce que je cherchais Dieu, et pour avoir plus de temps pour chercher Dieu. Et mon souci pour le respect de l’environnement venait d’une recherche de cohérence entre ma foi et mes actes, dans la suite de ce que je découvrais de Dieu. Dieu m’a conduit à me soucier d’écologie, puis il m’a appelé à la vie religieuse, où j’ai trouvé bien trop peu d’écologie à mon goût, tout cela pour m’apprendre la patience et la fraternité dans les multiples tentatives pour faire avancer le tissage entre les deux.

Quel rapport avec la vie dominicaine dans tout ça ? Voici deux points, à partir de 2 devises de l’Ordre dominicain :

Veritas (vérité) : la recherche de la vérité est une part intégrante de la quête de Dieu, la vérité étant Dieu lui-même, et, en matière d’écologie, il y a beaucoup de recherches à faire pour comprendre ce qui est bon et ce qui est néfaste pour l’environnement, et pour notre interdépendance avec ce qui nous entourent. En matière d’écologie, ce qu’on pense être vrai parfois évolue. Chercher à comprendre, chercher avec son cœur et son intelligence, chercher à aller au-delà de ce qu’on croit, voilà un moteur commun aux dominicains et à l’écologie, et qui me porte personnellement.

Contempler et transmettre le fruit de sa contemplation : dans la vie dominicaine, on contemple dans la prière mais aussi dans l’étude et dans la vie fraternelle. On contemple quoi ? Dieu, et l’œuvre de Dieu, et c’est parce que qu’on contemple que l’on est poussé à transmettre, c’est-à-dire à partager le fruit de que nous avons contemplé, de ce que nous avons vu, expérimenté. C’est un peu l’ancêtre du « voir, juger, agir ». On transmet dans notre mission de prédication. L’étude nous permet de comprendre que nous sommes faits de 4 relations fondamentales : à Dieu, aux autres, à la création et à soi (cf. Laudato Si n°66 et 119).

Pour moi, l’éco-spiritualité aujourd’hui, cela veut dire croire que Dieu est créateur (je n’ai pas le temps de vous citer Thomas d’Aquin à ce sujet), croire que ce que Dieu est se manifeste dans la création, et que la beauté de cette création est objet de contemplation, laquelle nous conduit ensuite à agir avec respect envers ce qui nous environne. Donc « contempler et transmettre », en parole et en acte, est une dynamique de conversion permanente, qui est la même, dans mon expérience, que la posture de la conversion écologique. Autrement dit l’appel universel à la sainteté, qui passe par un processus de conversion permanente, inclus la conversion écologique, au nom de la cohérence de notre foi, et de la cohérence entre ce que l’on croit et ce que l’on fait. La vie reçue de Dieu est le moteur de notre vie , mais aussi de toute conversion profonde et sincère, qui ne laisse aucune des 4 relations fondamentales au bord du chemin.

Sr Carine Michel