Léon XIV en Algérie

Publié le : 14 juin

Échos de notre sœur Monique Aletti qui a longtemps vécu en Algérie et y reste très attachée...

Pourquoi je reste attachée à l’Algérie ?
Début 1996, Pierre Claverie, évêque d’Oran, envoie une lettre à toutes les congrégations dominicaines demandant que des sœurs viennent en Algérie. Cette lettre nous est communiquée – je remercie les responsables de l’époque. Cette lettre m’interpelle car je suis en France en contact avec des migrants musulmans. En accord avec le conseil, j’écris à Pierre Claverie en juin – je sais qu’il a eu ma lettre. Mais le 1er août, j’apprends qu’il est assassiné – c’est un choc. Je pense que l’Algérie c’est fini pour moi, mais un prêtre qui y vit me dit de ne pas abandonner. En avril 99, je suis accueillie par le nouvel évêque, Alphonse Georger, et découvre l’Oranie. Je partirai début 2000 et vivrai de belles années à Mascara.

Essalam Alaikom « La paix soit avec vous »

Cette invitation à la paix furent les premiers mots du pape Léon XIV à son apparition au balcon du Vatican quand il fut élu. C’est aussi sous ce signe de la paix qu’il a placé son voyage sur la terre de son maître spirituel, Saint Augustin, l’Algérie. Ce mot « paix » revient au moins 30 fois dans les différentes déclarations qui ont marqué son séjour.

Il a eu deux types d’interventions, celles adressées à la population algérienne, aux officiels, aux membres du Corps Diplomatique, et celles plus spécialement en direction des membres de la communauté chrétienne, à Notre-Dame d’Afrique d’Alger ou à saint Augustin d’Hippone à Annaba. Elles sont évidemment de tonalités différentes, mais avec plusieurs thèmes communs.

« L’Algérie est un grand pays doté d’une longue histoire riche en traditions, depuis l’époque de Saint Augustin et bien avant. » Dès les premiers mots de son discours au « monument des Martyrs », le ton est donné. Cette terre est « un carrefour de cultures et de religions », elle garde « un patrimoine unique d’histoire, de culture et de foi. »

« Dans ce patrimoine, la foi en Dieu occupe une place centrale… c’est pourquoi, face à une humanité désireuse de fraternité et de réconciliation c’est un grand don et un engagement béni que de nous affirmer avec force et d’être toujours, ensemble, des frères entre nous et des enfants de Dieu ! »

Son intervention la plus longue et la plus dense a été celle prononcée devant le Président de la République, les représentants des Autorités et le Corps Diplomatique, dans la salle des conférences attenante à la Grande Mosquée d’Alger.

Là encore il se situe comme « fils spirituel de saint Augustin », et aussi comme « pèlerin de paix » et de réconciliation. Son discours passe assez rapidement des thèmes spirituels à celui de la justice sociale, saluant les personnes « humbles et justes » « qui ne se laissent pas aveugler par le pouvoir et la richesse », qui « ne sacrifient pas la dignité de leurs concitoyens à leur fortune personnelle ou à celle de leur groupe. » Il exalte une vision de la justice simple et radicale, celle qui « reconnait dans l’autre l’image de Dieu. Une religion sans compassion et une vie sociale sans solidarité sont un scandale aux yeux de Dieu. »

Dès lors, il invite ceux qui, devant lui, l’écoutent, à ne pas craindre de « promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre, dans laquelle on reconnaisse en particulier aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance pour tous. »

Élargissant l’horizon, il en vient à situer l’Algérie, « pont entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident ». La Méditerranée, le Sahara sont des carrefours : « malheur à nous si nous en faisons des cimetières où meurt même l’espérance ! »

Revenant à la société algérienne parcourue par différents courants, il conclura : « il faut éduquer au sens critique et à la liberté, à l’coute et au dialogue, à la confiance qui nous fait reconnaître dans celui qui est différent un compagnon de route, et non une menace. »

A la Grande Mosquée, s’affirmant de nouveau comme fils de saint Augustin, il invitera à « apprendre à vivre ensemble dans le respect et la dignité de chaque personne humaine. »

Ses deux interventions aux communautés chrétiennes à Alger et Annaba, lui permettent de dire, assez succinctement, sa vision de cette Église, « présence discrète et précieuse, enracinée dans cette terre marquée par une histoire ancienne et par de lumineux témoignages de foi » dont le « sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit. » Nous invitant à rester fidèles à la prière, dans la charité, dans l’amour de ceux avec lesquels nous vivons, à l’image des 19 Martyrs, il nous engage à promouvoir la paix et l’unité.

Sur les terres de son maître spirituel, à Hippone, commentant la rencontre de Jésus et Nicodème, il posera la question : « Notre histoire peut-elle changer ? …Notre vie peut-elle vraiment recommencer complètement ? Oui ! Cette affirmation du Seigneur, pleine d’amour, remplit nos cœurs d’espérance. »

« Sur cette terre, chers chrétiens d’Algérie, restez un signe humble et fidèle de l’amour du Christ. Témoignez de l’Évangile par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue vécu au jour le jour : vous donnerez ainsi saveur et lumière là où vous vivez. »

Avant de quitter la terre de saint Augustin, il ajoutera : « Ce voyage est pour moi un don particulier de la Providence de Dieu, un don que le Seigneur a voulu faire à toute l’Église par l’intermédiaire d’un pape augustinien. Et il me semble pouvoir le résumer ainsi : Dieu est Amour, il est le Père de tous les hommes et de toutes les femmes. Tournons-nous vers Lui, avec humilité, reconnaissons que la situation actuelle du monde, comme une spirale négative, provient, au fond de notre orgueil. »

« Nous avons besoin de Lui, de sa miséricorde. Seulement en Lui, le cœur humain trouve la paix et, seulement avec Lui, nous pourrons, tous ensemble, en nous reconnaissant frères, marcher sur les voies de la justice, du développement intégral et de la communion. Merci, merci beaucoup à tous ! »

Le lien d’Oran, synthèse de B. Janicot, envoyé par notre sœur Monique Aletti
Photo : https://www.vaticannews.va