Pèlerin d’espérance (3/4)

Publié le : 16 février 2025

Le samedi 15 février, les soeurs de la Congrégation se sont retrouvées en visio pour célébrer l’année jubilaire !
Nous étions plus de 160 soeurs d’une dizaine de pays.

Troisième intervention, de notre soeur Florence Roko de la communauté de Parakou (Bénin).

L’Espérance est l’une des trois vertus théologales que le Pape François définit comme « la plus petite des vertus, mais la plus forte » car selon lui, elle a un visage : Celui du Seigneur ressuscité, (Angelus du 15 novembre 2015) qui nous convoque et ne décevra pas notre attente.

Or, l’attente de notre monde aujourd’hui est grande et ses cis se multiplient au regard des nombreux maux qui le minent entrainant une perte de sens : ces maux ont pour nom : le fracas des armes, la mort, la destruction, la haine du prochain, la faim, la « dette écologique », la dénatalité, les migrations pour ne citer que ceux-là. Dès lors, des appels en faveur des prisonniers, des malades, des personnes âgées, des pauvres, des jeunes, des migrants sont des priorités que nous sommes invitées à saisir comme les nouveaux aréopages.

Face à ces nombreux lieux de mort qui mettent à rude épreuve l’expérience de la foi, l’espérance jaillit du cœur des croyants que nous sommes pour dire au monde en souffrance que Dieu accomplit toujours sa promesse. Certes en son temps, mais il l’accomplit toujours. D’où la pertinence de l’invitation jamais dépassée du psalmiste : « Soyez fort et prenez courage, vous qui espérez le Seigneur » ! (Ps 27, 14)

Pour le Chrétien, l’espérance est donc comme un moteur qui permet de jeter sur chaque être et sur le monde, un regard renouvelé dans la passion, mort et résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. En tant que telle, l’espérance apparaît comme une manière de regarder la vie et ses difficultés non comme un mal, mais une promesse de vie. Dès lors, nous sommes habités par cette petite voix qui nous assure que rien n’est jamais perdu pour Dieu.

Mais alors, qui parlera de cette promesse de vie à ce monde en douleur d’enfantement ? Qui donc se fera « la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche ? » Qui donc fera de sa voix « la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ? » (Pour emprunter une expression chère à Aimé Césaire !)

Dans cette dynamique de réappropriation de la vertu de l’espérance, le pape François nous invite à jeter un regard sur la vie des saints qui sont restés persévérants dans l’espérance. En cela, le témoignage de notre père saint Dominique reste et demeure encore aujourd’hui l’un des plus édifiants.

En effet, dans une vision qu’il eut, alors qu’il priait dans la basilique vaticane, Dominique vit Saint Pierre lui tendre le bâton du pèlerin tandis que Saint Paul lui donnait le livre de l’Evangile et que tous deux s’écriaient « Va et prêche car, Dieu t’a choisi pour ce ministère. » Il va sans dire que Dominique fut consacré pèlerin de la grâce et donc, pèlerin de l’espérance à semer dans le cœur de chaque homme et femme de son temps. C’est ce qu’il fera tout au long de sa vie ce qui lui vaudra le nom de l’« homme aux semelles au vent ». Voilà notre héritage et c’est aussi cela notre ADN en tant que sœurs de la CRSD. Devenir pèlerins, toujours en marche pour semer l’espérance dans le cœur de nos contemporains.

A l’évidence, c’est ce que nous faisons déjà. Ad intra : à travers le soin de nos communautés, de nos sœurs âgées, l’attention pour le bien commun, pour le corps congrégation etc ; ad extra : par nos diverses missions de prédication explicites et implicites dans les divers aréopages auxquels nous sommes déjà habituées, allant sans cesse aux frontières existentielles en vue du contact avec nos proches et lointains, le service pour la justice et la paix et notre désir d’aller sonder de nouveaux horizons.

Toutefois, il nous faut plus encore raviver l’espérance qui est en nous « en osant avec plus d’audace » (Brené Brown) nous mettre en marche physiquement, spirituellement, moralement, en bon pèlerin chercheur de Dieu … Pour cela, il nous faut sortir de notre zone de confort, de nos certitudes, de nos projets bien établis, de nos réalisations, de nos peurs… et partir vers l’inconnu comme Abraham, espérant contre toute espérance. Cela, Dominique l’a fait en osant disperser ses frères alors que tout autour de lui l’en dissuader. Il les envoya en pèlerin d’espérance sur les chemins de ce monde, comptant sur celui qui est l’espérance puisque l’espérance n’est pas un vain mot, c’est une personne, c’est Le Christ. Et l’Espérance de Dominique n’a pas été déçue puisque, comme Abraham notre père dans la foi, il obtint grâce après grâce et une multitude de fils et de filles.

Le défi pour nous aujourd’hui, en tant que fils et filles de saint Dominique serait, comme le dit le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles - par analogie à l’Eglise - d’ « apprendre à évangéliser sans véhiculer l’intolérance. Apprendre comment l’Évangile peut être annoncé dans un milieu où se côtoient tant de convictions philosophiques, tant de formes de foi et de croyances différentes. Apprendre… comment le souci légitime de ne pas blesser les autres dans leurs convictions n’aboutisse pas à nous plonger nous-même ‘’par gêne ou par peur - dans l’indifférence, le relativisme ou la paresse » Autrement dit, que nous soyons « des ‘’évangélistes qui soient transparents, qui sachent témoigner dans l’humilité et la sérénité, qui soient gratifiés d’une harmonie sans faille entre notre vie et notre parole, entre notre être et notre paraître. »

Sans nous ancrer dans nos habitudes ou dans notre passé, nous sommes invitées continuellement à « nous laisser reconditionner par la grâce de Dieu ». Le père Roberto Pasolini, nouveau prédicateur de la maison pontificale dira dans sa prédication de l’avent 2024 : ‘’Il y a beaucoup de « non » qui attendent d’être prononcés non seulement contre le mal explicite, mais aussi contre le mal subtil qui est l’habitude de continuer les choses sans jamais avoir le courage de les repenser sérieusement et de les faire ensemble. Mais pour prononcer ces « non courageux », il faut croire que Dieu est à l’œuvre dans notre histoire et que « le meilleur reste à venir. »’’ Précisons ici qu’il y a tout autant de « oui » à prononcer !

Tenant ferme notre espérance, nous pouvons oser dire que malgré les vents contraires qui secouent le monde, l’Eglise et la vie consacrée aujourd’hui, malgré la diminution des vocations, le vieillissement, parfois aussi la perte de crédibilité et l’impression que la vie religieuse s’en va disparaître, et que l’espoir du monde tarirait de ce fait ; il reste cependant indéniable que nous sommes à un carrefour de grâce ! Tout dépend du tournant et de l’ancrage que prendront nos pas en tant que pèlerins vers de nouveaux horizons physiques ou non, intérieurs ou extérieurs.

Comme le grain de blé tombé en terre qui portera du fruit en son temps, que le cultivateur dorme ou ne sommeille pas, nous sommes invitées à nous préoccuper des semailles bien faites, le reste appartient à celui qui fait tout advenir en son temps. (Adage africain) Ceci est une invitation à la Patience, l’autre versant de la persévérance qui est la vertu cardinale dont notre monde a le plus besoin pour faire advenir le temps de Dieu.

sr Florence Roko
Parakou, Bénin

Document(s)

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 21 mars 2025


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