“Sacra Predicatio” : Our Challenge in a Fragile Europe

Publié le : 29 novembre

(Notre défi dans une Europe fragile)

L’un des grands moments de l’année jubilaire de l’Ordre dominicain fut le « Colloque International sur la Prédication », aux États-Unis, en octobre 2016, organisé par l’Institut für Pastoralhomiletik de la Province de Teutonie, l’Aquinas Institute of Theology de la Province St Albert the Great (États-Unis), et l’Institute of Preaching de la province des Philippines. Au cours de ce colloque, le Maitre de l’Ordre a beaucoup insisté sur le caractère communautaire de notre mission de prédication dominicaine : c’est pour approfondir cette idée de Sacra Predicatio, dans une Europe de plus en plus marquée par la montée des nationalismes, qu’est née l’initiative d’une rencontre européenne, à Cologne, du 1er au 4 octobre 2018.
Les quelque quarante participants, sœurs, frères et laïcs, provenaient de tous les pays d’Europe, et représentaient un large éventail d’expériences de prédication, « pour un dialogue et un échange européens fructueux » (citation de la lettre d’invitation !). Les trois Instituts organisateurs avaient également envoyé des délégués, et cette présence américaine et philippine fut un apport très riche dans nos discussions.

Madame Annette Schavan, ex-Ambassadrice d’Allemagne près le Saint-Siège, ouvrit le débat avec une conférence intitulée « L’Europe a besoin d’un changement de perspective ». Elle montra comment la vision des fondateurs de l’Europe était une vision de paix, à long terme, fondée sur une unité des valeurs où l’âme et la spiritualité jouaient un rôle essentiel, et comment cette vision avait peu à peu laissé place à une montée des intérêts nationaux, à la primauté de l’économie et aux ambitions politiques à court terme. « L’Europe perd son âme si elle perd l’ouverture au transcendant » a-t-elle répété – n’y a-t-il pas déjà là tout un programme de prédication pour la Famille Dominicaine ? Mme Schavan a également insisté sur le fait qu’aucune génération ne peux construire la paix pour les suivantes : chaque génération est responsable de la paix. Or l’individualisme est de plus en plus présent, ainsi que la peur, la méfiance, voire la haine ; le langage a changé, il est de plus en plus violent … Dans un monde où les émotions remplacent les faits, il est urgent d’avoir une meilleure compréhension de la situation, de surmonter la peur du réfugié, de construire des ponts, de retrouver une attitude fondamentale de respect, de redécouvrir la puissance de la diversité et de la tolérance ; il faut davantage de curiosité intellectuelle, d’esprit d’initiative et d’innovation, or les jeunes ne deviendront créatifs que s’ils reçoivent le signal « nous avons besoin de vous » : autant de défis pour notre prédication ! Apportons à notre Europe de nouvelles convictions, donnons les clés de l’ouverture à la transcendance … nous avons besoin de personnes qui voient loin.

Le frère Timothy Radcliffe a continué, en insistant sur le fait que pour prêcher en famille dominicaine, nous devons redécouvrir l’amitié entre nous, passer du temps ensemble, nous écouter mutuellement, dépasser les divisions entre générations… Il a également souligné l’urgence de guérir notre langage, trop empreint de violence – réapprendre à parler les uns avec les autres, pour réapprendre la conversation ; il nous faut beaucoup d’humilité, pour comprendre pourquoi certaines personnes ont des vues différentes des nôtres, pour entrer dans la pensée des autres : les hérétiques ne sont pas ceux qui pensent différemment, mais ceux qui ont arrêté de parler ! Nos conversations deviennent fertiles lorsque nous perdons notre amour pour la Vérité : sortons de nous-mêmes pour chercher ensemble la Vérité.

Nous avons aussi pris le temps de partager nos expériences de prédication, notamment au cours d’ateliers présentés par certains participants (par exemple : la promotion de l’enseignement social de l’Église en milieu non catholique ; prêcher des retraites de Carême dans une paroisse ; le problème du langage dans la prédication ; l’enseignement en milieu interculturel…), mais aussi lors des temps de rencontres informelles, que les organisateurs avaient voulu longs et nombreux. Les soirées étaient à la fois fraternelles, spirituelles et culturelles : visite de la Cathédrale de Cologne, prière au tombeau de St Albert le Grand … et diner de clôture dans une brasserie, Allemagne oblige !

Les organisateurs de ces colloques n’ont pas l’intention de s’arrêter là : le prochain, d’ampleur internationale, se tiendra aux Philippines, et d’autres suivront, au niveau régional. Au fur et à mesure de ces rencontres, des amitiés se créent, des collaborations naissent, des initiatives se font jour… Il reste cependant à trouver comment diffuser davantage le fruit de nos travaux et de nos échanges, afin d’engager une nouvelle manière de prêcher ensemble, dans notre Europe qui a soif de valeurs et de Vérité.

Sr Marie Laetitia Youchtchenko, province Italo-Suisse