USA : Chicago, « ville sanctuaire »
« Ne suis-je pas là, moi qui suis ta mère ? »
L’élection présidentielle récente aux États-Unis a déjà apporté des changements radicaux qui visent à démolir plutôt qu’à construire : le traitement néfaste des alliés, les tarifs, la coupure de fonds essentiels à la vie des plus pauvres—la liste est longue !…. Vous savez aussi sans doute que M. Trump a ordonné que tous les immigrants sans papiers aux États-Unis soient expulsés le plus rapidement possible. Les Services de l’Immigration et des Douanes (« ICE ») chargés d’exécuter cet ordre, savent que les églises, les hôpitaux et les écoles ne sont plus interdits d’accès, comme ils l’étaient dans le passé. Cette mesure suscite une grande crainte dans les quartiers d’immigrants de nos grandes villes. Les raids et les déportations ont déjà commencé et se poursuivent.
Cela me touche de près. Le lycée jésuite Cristo Rey où j’enseigne a été créé avec la mission spécifique d’offrir une éducation catholique et jésuite aux enfants des migrants latinos dont les familles se situent au niveau ou en dessous du niveau de pauvreté. L’école se trouve au cœur de Pilsen/La Villita, port d’entrée pour les immigrants mexicains et hispanophones. Plusieurs de nos élèves sont nés aux Etats Unis et sont par le fait citoyens, mais la grande majorité de leurs parents ne le sont pas.
Par statut municipal, Chicago est « ville sanctuaire » qui doit accueillir les immigrants. En effet, ces jours-ci, on trouve partout des affiches et des dépliants sur la manière de se comporter pendant les raids de ICE. Ils tâchent de rassurer les immigrants que la Constitution américaine leur garantit des droits : ils ne sont pas obligés d’ouvrir la porte ou de répondre aux questions, ils ont le droit de garder le silence.
L’archidiocèse et les écoles catholiques de la ville ont établi des lignes directrices sur la manière de gérer une éventuelle visite de ICE et, en particulier, ils ont structuré un processus pour s’occuper des enfants qui pourraient bien se trouver laissés pour compte si leurs parents étaient expulsés. C’est une période angoissante, mais les gens résistent : les manifestations contre cette directive de M. Trump se multiplient à travers la ville, surtout dans les quartiers d’immigrants.
Il y a quelques semaines, le sous-comité JPIC de la CRSD s’est réuni pour discuter des projets de justice pour cette nouvelle année. Avec M. Trump dans la Maison Blanche, ils ne manqueront surement pas. Nous avons choisi de vivre ces projets sous l’égide de Sainte Joséphine Bakhita, femme forte vendue comme esclave à plusieurs reprises, dont l’esprit est toujours resté libre. Elle est patronne de toutes les victimes de la traite, mais sans doute elle s’intéresse aussi aux migrants puisqu’elle a été emmenée de force dans de nombreux pays et qu’elle a dû s’adapter à de nombreuses cultures. Avec la Guadalupana, si chère aux Mexicains, qu’elle intercède pour tous ceux qui doivent quitter leur pays pour trouver la sécurité et une vie meilleure.
Sr Francès Thibodeau
Illustration : "Ne suis-je pas là, moi qui suis ta mère ?" - paroles de Nuestra Señora de Guadalupe a Juan Diego ; tableau dans mon quartier