Cinéma : « Une affaire de famille » (2018) par Hirokazu Kore-eda

Publié le : 15 janvier

Palme d’or au Festival de Cannes 2018.
Sortie en salles le 12 décembre 2018

Le soir du 19 mai 2018, lorsque Hirokasu Kore-eda est monté sur la scène du Grand Théâtre Lumière, à Cannes, pour aller chercher la Palme d’or décernée à « Une affaire de famille », il s’était écoulé vingt et un ans depuis la dernière Palme d’or japonaise, celle que Shohei Imamura avait remportée pour « L’Anguille ».

Il a fallu deux décennies pour que l’histoire d’un clan de voleurs à l’étalage se superpose, dans la mémoire de Cannes, à celle d’un meurtrier repentant. Pour qu’une génération succède à une autre. Au long de ces années, au fil des sorties en salles de « Nobody Knows », « Still Walking », « I Wish », « Notre petite sœur », le Japon de Kore-eda nous est devenu familier, peut-être jusqu’au point de ne plus en percevoir la singularité, la force, qui se dissimulent souvent sous la douceur, toujours sous la modestie.

Ce n’est pas la première fois que Kore-eda met en scène le lien familial, sa part de fiction, sa part de tradition. « Tel père, tel fils » s’interrogeait déjà sur la réalité de la filiation. Il a aussi filmé les enfants expulsés vers les marges de la société japonaise dans « Nobody Knows ». Souvent il a cherché l’équilibre entre les forces qui unissent un groupe – la chaleur, l’affection, l’amour – et celles qui les séparent – l’argent, les préjugés et, puisqu’on est au Japon, l’arbitraire des éléments. Son dernier film se situe très exactement dans cet équilibre.

Dans ce petit espace de calme qu’ont su se ménager Osamu, professionnel du vol à l’étalage, et son clan, s’est développé un ordre harmonieux, à rebours du chaos qui régit la société. Cette utopie est un pur produit de l’imagination d’Hirokasu Kore-eda, qui est un chroniqueur du quotidien, mais aussi un metteur en scène de fantômes (« After Life ») ou de poupée vivante (« Air Doll »).

C’est aussi une idée assez convaincante pour qu’« Une affaire de famille » soit devenu le plus gros succès qu’ait jamais rencontré le cinéaste, non seulement au Japon, mais aussi en Chine. Comme tout triomphe, celui-ci s’est accompagné d’une polémique, suscitée par le refus de Kore-eda d’accepter officiellement les félicitations du gouvernement japonais.

Sans accorder une importance excessive à la Palme, au box-office, le succès de ce film (dont on peut parier qu’il se reproduira en France lors de sa sortie) vient aussi de couronner cette génération de cinéastes japonais qui a succédé à celle des grands contestataires, Nagisa Oshima ou Shohei Imamura. Aux côtés de ses contemporains, le plus connu étant Kiyoshi Kurosawa, Hirokasu Kore-eda a affirmé à la fois la continuité d’un cinéma japonais proche de la réalité du pays et le passage de ce cinéma dans le XXIème siècle. A voir !

Sœur Hélène Feisthammel

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