commentaires des lectures bibliques du lundi 28 juin 2021, de la 13ème semaine du temps ordinaire Saint Irénée de Lyon

Lectures :
Gn 18,16-33
Ps 102
Mt 8,18-22

“Vas-tu détruire l’innocent avec le coupable ?

Dans la première lecture de ce jour, nous trouvons Dieu et Abraham qui dialoguent, après que le Seigneur a décidé de confier à Abraham, qu’il considère comme un ami, ses plans sur l’avenir de la ville de Sodome et de tous ses habitants. La question est importante. Le mal s’étend comme le lierre et il faut le freiner, le détruire, pour qu’l ne continue pas à polluer tout ce qu’il touche. A travers ce récit, l’auteur veut nous montrer la gravité du péché et tout le mal qu’il provoque alentour. Mais il y a une seconde question : Y aura-t-il, au milieu d’une situation comme celle-là, si grave, quelque chose à sauver, à récupérer ? Dans le récit, les deux questions sont posées dans le dialogue entre Dieu et Abraham. Avec eux, nous approfondissons : si dans un premier moment il peut nous sembler que devant le mal il n’y ait pas d’autre issue que le châtiment, peu à peu émerge dans le récit, le thème de la compassion et de la miséricorde. Ces deux thèmes surgissent face à la présence interpellante, au milieu du mal qui semble tout dominer, des innocents qui donnent visage au bien et subissent néanmoins les conséquences du mal. La présence du bien, même si elle parait insignifiante, sera-t-elle capable de sauver ce qu’il parait impossible de sauver ? Et c’est précisément de l’espérance du salut que nous parle ce récit. Un salut qui ne naît pas du fait d’extirper l’ivraie, mais de celui de laisser croître le blé, même s’il faut le laisser pousser avec l’ivraie ; il ne faudrait pas, comme dit l’Evangile qu’en voulant détruire l’ivraie, nous en finissions aussi avec le blé. Un salut qui jaillit, en définitive, de la miséricorde et du pardon de Dieu. A partir de la conscience qu’il a d’être lui-même un homme faible et pécheur, Abraham se sent solidaire de cette humanité fragile elle aussi et il en appelle à cette miséricorde qu’il expérimente dans l’intimité de sa relation avec le Seigneur. Puissions-nous découvrir aujourd’hui, comme Abraham, les germes du bien, à travers tant et tant d’innocents, et à partir de là, prier pour notre monde avec le désir que la vie, expression de l’Amour, soit plus forte que le mal et la mort.

Toi, suis-moi

Un scribe s’adresse à Jésus et lui exprime son désir de le suivre. Il semble qu’il le fasse avec enthousiasme, détermination et volonté de se donner. « Maître, je te suivrai, où que tu ailles ». En ce sens, les paroles par lesquelles Jésus lui répond peuvent choquer : il semble que, au lieu d’encourager le scribe, il lui dise quelque chose comme : « sais-tu dans quoi tu te mets ? » Ensuite, c’est un disciple qui dit à Jésus : « Seigneur, laisse-moi d’abord aller enterrer mon père », une demande bien juste. Et cependant la réponse de Jésus nous déconcerte à nouveau : « Toi, suis-moi. Laisse les morts enterrer leurs morts. » Il est vrai qu’à première vue on reste déconcerté. Ce langage paraît très dur. Et peut-être avons-nous déjà reçu ce texte ainsi, comme une cruche d’eau froide ; nous sentons dans ce cas que suivre Jésus est trop exigeant, parce qu’Il va nous demander de renoncer à des choses importantes pour nous et que, par conséquent, le suivre ne concerne que des personnes spéciales. Et oui, dans l’interprétation que nous avons reçue de ce texte l’accent a été mis fréquemment sur l’exigence du suivi ou plutôt sur une manière de comprendre cette exigence qui met l’accent surtout sur ce à quoi renoncer. Personnellement, je crois que ce que Jésus veut est justement le contraire : ouvrir notre esprit pour que nous puissions accueillir la nouveauté et l’urgence du Royaume, celle qui nous fait changer le point d’appui sur lequel fonder notre vie ; celle qui nous introduit dans une conception plus ample de la famille et du foyer. L’expérience nous dit que ces deux domaines sont des piliers nécessaires pour acquérir la sécurité et la confiance de base dont nous avons besoin pour déployer le meilleur de nous-mêmes. Cependant, Jésus nous invite à placer à la fois la famille et la propre maison dans un espace de vie plus grand, au centre duquel se trouve l’expérience filiale de confiance à l’égard du Père. Lui, il est notre vrai foyer et autour de Lui, devenus frères en Christ, nous construisons une nouvelle famille ouverte à toute personne, au-delà des liens de sang, de peuple, de nation. Ce n’est pas que la propre maison et la propre famille soient sans valeur, car évidemment elles en ont. Mais elles acquièrent une nouvelle perspective quand elles se resituent et se réorientent à partir de l’absolu du projet de Dieu pour cette humanité et cette création. Aujourd’hui, présentons au Seigneur notre monde de relations et aussi ce qui en ce moment nous donne sécurité dans la vie. Y a-t-il quelque chose qui dans notre vie ait besoin d’être réorienté pour pouvoir vivre avec une plus grande plénitude notre vocation de filles et de fils de Dieu ?

Sr María Ferrández Palencia