24 mai : fête de la Translation du corps de St Dominique

Publié le : 23 mai

Cette fête nous rappelle l’épisode du 24 mai 1233, à Bologne, lorsque les Frères déplacèrent le corps de Dominique, de la nef de l’église de St Nicolas, où il avait été enterré initialement, à l’intérieur de la Basilique de St Dominique. Et lorsque la tombe fut ouverte, une merveilleuse odeur se répandit et imprégna tous ceux qui étaient présents. Dieu rendait témoignage à son serviteur Dominique qui, par sa prédication, avait répandu « la bonne odeur du Christ » (2 Co 2,15).

En ce jour de fête, je voudrais vous partager quelques réflexions à partir d’une des scènes sculptées par Nicola Pisano (1267) sur le sarcophage de saint Dominique à Bologne. Deux évènements importants y sont évoqués que l’artiste a su admirablement unir en représentant deux fois Dominique : à genoux et tourné vers Pierre et Paul, et, dans le même axe, debout et tourné vers ses Frères. C’est Constantin d’Orvieto qui, dans sa "Vie de St Dominique" (n°25), unit les deux scènes : « Tandis que le serviteur de Dieu, Dominique, était à Rome et répandait ses prières en présence de Dieu dans la basilique de Saint-Pierre pour la conservation et l’extension de l’Ordre, la main de Dieu fondit sur lui. Il vit apparaitre Pierre et Paul. Pierre lui conféra le bâton ; Paul, le livre ; et tous deux ajoutèrent : "Va et prêche, car Dieu t’a choisi pour ce ministère." Alors en un instant, il lui sembla voir ses fils dispersés dans le monde, s’en allant deux par deux prêcher au peuple la parole de Dieu. »
Nous sommes en janvier 1217, Dominique a 47 ans. C’est à Saint-Pierre de Rome, qu’il reçoit confirmation de sa mission de prêcheur universel. Déjà, depuis 1206, il sillonnait la région du Lauragais, entre Toulouse et Carcassonne, pour annoncer dans cette région cathare le Dieu bon, Créateur du ciel et de la terre, son Fils Jésus Christ, incarné dans notre chair, mort et ressuscité avec son corps pour notre salut, et l’Esprit Saint qui continue l’œuvre de Dieu dans l’Église des saints et des pécheurs. Et en 1215, l’évêque Foulques de Toulouse avait reconnu à Dominique et au petit groupe de ses frères le statut de prédicateur dans son diocèse. Mais à Rome, il perçoit un appel plus vaste, l’appel à élargir l’horizon, à semer largement le bon grain, « car il savait que le bon grain porte du fruit quand on le dissémine et pourrit s’il demeure en tas. » (Pierre Ferrand, Legenda Sancti Dominici, 31).
Voilà pourquoi, à Toulouse, le 14 mai 1217, Dominique annonce à ses frères - ils ne sont que 15 ! - qu’il va les disperser. Et le 15 août, à Prouilhe, il les envoie, répartis en 4 petits groupes, en Espagne et à Paris. Nous observons sur la sculpture de Nicola Pisano Dominique qui remet le livre de la Parole, reçu de Paul, à l’un de ses frères. À droite, un autre frère tient déjà cette Parole dans ses mains et posée sur son cœur, tandis que par derrière, trois autres frères, le regard tourné vers Dominique, attendent à leur tour d’être envoyés. Toutes les lignes de la scène, tous les regards, convergent vers la figure de Dominique qui reçoit et donne la Parole. « Chaque saint est un message que l’Esprit Saint puise dans la richesse de Jésus-Christ et offre à son peuple. Pour reconnaitre quelle est cette parole que le Seigneur veut dire à travers un saint (…) il faut considérer l’ensemble de sa vie, tout son cheminement de sanctification, (…) le sens de la totalité de sa personne. » (Pape François, Encyclique Gaudete 21-22). En Dominique, on peut vraiment dire que la totalité de sa personne se résume dans ce "va et prêche" ; c’est le cœur de sa mission, sa raison d’être même.
Fêter saint Dominique, ce n’est donc pas seulement admirer le fondateur de l’Ordre des Frères Prêcheurs, mais c’est se laisser interpeler nous aussi en tant que Dominicaines par cet appel : « Va et prêche » qui doit saisir toute notre vie. Dominique a été appelé aussi « l’homme aux semelles de vent »… et nous, où nous poussera le vent de l’Esprit ?

Sr Thérèse Marie Boillat