A revoir : Tel père, tel fils de Hirokasu Kore-eda (2013)

Publié le : 1er mars

Proposition de film à revoir en DVD, par Sr Hélène Feisthammel.

Deux bébés ont été intervertis à la maternité. Les familles, l’une riche et un peu coincée, l’autre modeste et bohème, l’apprennent six ans après... De ce postulat, Etienne Chatiliez avait tiré une comé­die satirique bon enfant, La vie est un long fleuve tranquille. Le Japonais Hirokazu Kore-eda chronique, lui, les conséquen­ces psychologiques d’une telle révélation avec une grande douceur. Y compris dans les scènes de conflit et de séparation.

L’auteur de Nobody knows reste un grand cinéaste de l’enfance, toujours habile à montrer l’incompréhension douloureuse sur le visage de ses jeunes comédiens. Mais ce que le film raconte avant tout, c’est la naissance d’un père. Ryota, architecte sur-booké, pousse son jeune fils à l’excellence. Quand il apprend que le petit Keita n’est pas son enfant biologique, il semble presque soulagé : un bambin aussi doux ne pouvait être de son sang... Mais il se montre tout aussi démuni face à la chair de sa chair : ce gosse effronté, mécontent de devoir changer de papa, résiste sans trembler aux exigences de son géniteur. Avec sensibilité, Kore-eda rappelle que le sentiment de paternité relève moins de l’inné que de l’acquis. On ne devient pas père tout seul, telle pourrait être la morale de cette fable délicate.

Oeuvre forte, chargée en réflexion, loin de toute sensiblerie facile. Mais un titre mal choisi car les deux mères sont aussi importantes que les deux pères.