Annoncez à tous les Peuples :
« Voici notre Dieu il vient nous sauver ! »
Avent - le temps béni et privilégié
Au cœur du Couvent Katarinahjemmet à Oslo (Norvège), la liturgie n’est pas un simple rite : elle est la source et le souffle de notre vie, le battement même du cœur qui nous unit à Dieu.
Nous ne façonnons pas la liturgie à notre image – non, c’est elle qui nous façonne, elle qui nourrit nos jours, éclaire nos gestes, et donne à notre vocation sa sève et sa clarté.
L’Avent, plus qu’un temps, est un chemin. Il nous prend doucement par la main et nous conduit vers le Mystère : le Verbe qui se fait chair, le Christ qui s’avance dans le monde, comme l’aube qui se lève sur la nuit des hommes.
Tout en nous s’accorde à ce rythme d’attente : le violet des ornements murmure la conversion, et, au troisième dimanche - Gaudete - la rose de la joie perce comme une flamme au cœur du violet.
Les lectures prophétiques d’Isaïe, la voix de Jean-Baptiste, le fiat de Marie, tissent la trame d’une espérance ardente : préparer la demeure intérieure où naîtra le Sauveur.
Dans notre Ordre Dominicain, l’Avent porte une gravité lumineuse. La liturgie dominicaine, sobre et vibrante, fait résonner l’appel de Saint Dominique : méditer la Parole, prêcher l’Incarnation, laisser le silence enfanter la parole juste. Car l’attente du Christ n’est pas passivité, elle est veille, feu discret, parole prête à éclore.
Parmi les joyaux de ce temps, la messe Rorate resplendit d’une douceur d’aurore : « Rorate caeli desuper et nubes pluant justum » (= « Les cieux se penchent, les nuées pleurent le Juste »). Dans la nuit encore épaisse, avant le premier rayon, les cierges s’allument, timides étoiles dans la chapelle endormie. La lumière vacillante dit l’espérance, celle qui ne déçoit jamais, car elle annonce la venue du Soleil levant.
À partir du 17 décembre, les grandes Antiennes « O » élèvent leur chant d’or et de feu :
Ô Sagesse...,
Ô Adonaï...,
Ô Racine de Jessé...,
Ô Clé de David...,
Ô Orient...,
Ô Roi des Nations...,
Ô Emmanuel…
Chaque invocation est un cri d’amour et de foi, un écho du désir millénaire de l’humanité. Elles condensent toute l’attente des prophètes et ouvrent nos âmes au mystère du Dieu proche.
Pendant le temps de l’Avent, les jours s’illuminent de fêtes et de promesses. Le 8 décembre, on célèbre l’Immaculée Conception de Marie, pure comme l’aube. Puis, dans les pays scandinaves, vient la douce fête de la Sainte-Lucie, le 13 décembre, éclat de lumière au cœur de la nuit hivernale.
En Suède, mais aussi en Norvège, au Danemark et en Finlande, Lucia apparaît vêtue d’une robe blanche, ceinte d’un ruban rouge, et porte sur sa tête une couronne de bougies scintillantes. Elle avance dans l’obscurité, suivie d’une procession d’enfants et de jeunes gens qui entonnent les chants anciens de Sankta Lucia. Ensemble, ils apportent la chaleur et la lumière dans les maisons, les écoles et les églises. Ce jour-là, le parfum du safran emplit l’air : on partage les brioches dorées, les lussekatter, et l’on savoure le vin chaud épicé, le glögg. Lucia incarne la lumière victorieuse sur l’obscurité, symbole d’espérance au cœur des longues nuits du Nord. Sa fête, à la croisée des traditions chrétiennes et païennes, rend hommage à Sainte Lucie de Syracuse, martyre de la foi, tout en évoquant les anciens rites du solstice d’hiver, quand l’humanité attendait le retour du soleil.
Oui, la liturgie de l’Avent est un voyage vers la lumière. Les messes Rorate éveillent la veilleuse de la foi, les Antiennes « O » ouvrent le ciel du cœur, et la sagesse des Pères éclaire nos pas.
Celui qui vit l’Avent entre dans le mouvement même de Dieu, le mouvement de l’amour qui vient, aujourd’hui encore, dire au monde : « Le Seigneur vient ! »
Sr Ragnhild Marie Bjelland,
Congrégation Romaine de Saint Dominique
Sta. Katarinahjemmet, Oslo