Congrès Interconfessionnel et international de religieux/se, Montserrat 2019

Publié le : 6 juillet

Le comité du CIIR (Congrès Interconfessionnel et international de religieux/ses, fondé en 1977 par le père Martin de Zabala, prêtre de Bilbao) a la joie de vous inviter au 21ème congrès qui se tiendra du jeudi 13 juin au mardi 18 juin 2019 à l’abbaye bénédictine de Montserrat près de Barcelone, sise dans un site magnifique et célèbre par sa Vierge noire, la Moreneta.

Nous sommes une cinquantaine de frères et sœurs qui ont pu répondre à cet appel, venant de divers pays et appartenant à différentes confessions chrétiennes et communautés religieuses .

Selon la légende racontée dans le Virolai de Montserrat, chant de louange à la Vierge de Montserrat, des anges découpèrent le massif de Montserrat avec une scie en or (d’où l’étymologie populaire de Montserrat, ‘’Mont-scié’’ car la silhouette dentée du massif évoque la lame dentée d’une scie) pour abriter la statue de la Vierge et l’abbaye. Cette légende est à l’origine du symbole héraldique de Montserrat : une scie, tantôt tenue par des anges et tantôt seule, mais toujours au-dessus d’un dessin de rochers stylisés. Depuis cette légende, dont le récit le plus ancien est un texte daté de 1239, Montserrat est considéré comme un haut lieu du catholicisme tant espagnol que catalan.

Le thème de notre rencontre était en harmonie étonnante, et parfaite, avec ce haut-lieu de vie spirituelle habité par les moines dès le 9ème siècle, la légende faisant remonter la fondation de l’abbaye en l’an 880 ; et, dès le Moyen-Âge, ce lieu de pèlerinage s’est imposé comme le premier sanctuaire marial de Catalogne
La prière liturgique, l’eucharistie célébrée chaque jour selon la tradition de l’une de nos Eglises, nous ont rassemblés quotidiennement. Si, dans la fidélité de chacun à son Eglise, il ne nous était guère possible de partager le Pain, rien n’empêchait une vraie et profonde communion spirituelle. La fidélité a parfois le prix des larmes ... J’aime évoquer ici ces paroles de l’homélie du pasteur Louis Lévrier, le 20 juillet 1981, au Congrès eucharistique qui se tenait à Lourdes : “Nous voici dans la joie et la douceur de cette prière commune. Dans l’humiliation et dans la souffrance aussi car notre célébration ne s’achèvera pas dans l’Eucharistie.”
Les diverses interventions, qui ont donné lieu à de riches et profonds échanges dans les divers groupes linguistique, nous ont permis au fil des jours d’entrer dans ce mystère de communion auquel nous sommes appelés par notre vocation chrétienne.

> D’entrée de jeu, le père Alexis dans son intervention, la première de notre rencontre, affirmait :
L’Eglise a comme vocation d’apporter Jésus Christ et sa Bonne Nouvelle à ceux qui cherchent Dieu […]. L’Eglise révèle le Christ vivant et […] l’eucharistie permet d’entrer en pleine communion avec lui.
Etudiant comment, au fil de l’histoire et de difficiles événements historiques, le renouveau spirituel dans les communautés monastiques (poumons de l’Eglise, selon la belle et profonde expression de l’higoumène Elie du monastère de la Transfiguration en France) et les communautés paroissiales ont connu, et vivent, une véritable symbiose, le père Alexis pouvait conclure :
La communion eucharistique révèle la réalité du Christ vivant qui nous appelle à l’unité éternelle avec lui et, par Lui, avec le Père : Que tous soient un comme toi Père tu es en moi et que je suis en toi. Qu’ils soient un afin que le monde croie. (Jn 17, 21). La communion fraternelle et la collaboration entre les monastères et les paroisses permettent un enrichissement mutuel et facilitent l’évangélisation de ceux qui cherchent le chemin de vérité que le Christ a tracé par son Evangile, sa mort et sa résurrection.

> La profonde méditation de sr Michaela (catholique-Allemagne) méditant le beau chapitre 2, 1-11 de l’épitre aux Philippiens, a été une profonde réflexion sur la qualité de notre vie, et particulièrement de notre vie communautaire au quotidien. Elle concluait :
Dans chaque célébration eucharistique, nous actualisons la descente de Dieu dans nos abîmes les plus profonds […]. Remercions-le de tout cœur et demandons-lui que sa puissance transformatrice puisse agir infatigablement en nous et entre nous, et nous entrainer sur le chemin de l’unité.

> Sœur Teresa Forcades (osb - Montserrat) nous a conduits à une profonde et riche réflexion théologique et méditation spirituelle : ‘’La gloire de Dieu et la spiritualité de communion’’. Un texte à reprendre et à méditer longuement.

> En ce haut-lieu marial, comment ne pas évoquer la figure de Marie.
Sœur Céline (sr OP, en Suède) nous a entrainés sur un chemin d’écoute, attentive et sereine, sur une question pouvant apparaitre comme ‘’provoquante’’ selon ses propres paroles : ‘’Marie, spiritualité de communion ?’’ Marie peut-elle être un chemin de communion pour nos Eglises ?
Parcourant le Nouveau et l’Ancien Testament, nous avons été invités à être, ensemble, à l’écoute de la Parole de Dieu. Puis il a été intéressant que soient redits quelques points de la théologie mariale dans l’Eglise catholique l’histoire ayant, au cours des siècles, durci et parfois faussé notre regard.
Une invitation aussi à reprendre et travailler le grand texte du groupe des Dombes, ‘’Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints’’. ‘’Marie, n’a jamais été une cause de séparation entre les Eglises. Bien plutôt, elle en est la victime’’ est-il dit dans la présentation de ce document.
Nous pouvons, au-delà de ces quelques remarques, retenir l’expérience de ce qui se vit en Suède entre catholiques et luthériens depuis deux ans grâce ‘’au climat favorable qui a enveloppé la rencontre du 31 octobre 2016 à Lund à l’occasion des 500 ans de la Réforme. Nous continuons à surfer sur la vague de grâce qui a déferlé ce jour-là !’’
Un appel pour chacun de nous, pour chacune de nos Eglises !

> Sœur Judith (anglicane-Londres) à travers des témoignages de vie et quelques textes (notons entre autres Dorothée de Gaza) nous a invités à entrer profondément dans cette spiritualité de communion au cœur même de notre vie de consacré. Elle nous disait :
La bénédiction d’une sœur prononçant ses vœux dans notre communauté dit : ‘’Donne-lui de vivre par la foi enracinée dans l’espérance, d’aimer le monde entier avec une charité sans faille’’. Mon vœu de chasteté me lie à Dieu mais, à travers Dieu, au monde entier.
Au terme de son intervention, elle rappelait l’événement étonnant d’avril 2019 où l’archevêque Justin et le pape François avaient accueilli les chefs religieux et politiques du Sud-Soudan pour deux jours de retraite au Vatican afin de chercher les chemins de la réconciliation et de la paix. C’était là une illustration de ce qu’ARCIC III appelle :
Marcher ensemble signifie que, en tant que compagnons de route, nous soignons les blessures de l’autre et nous nous aimons tels que nous sommes, avec nos blessures. Ce chemin […] est un témoignage puissant et urgent dans le monde de ce que signifie ‘’vivre la différence ensemble afin que les deux s’épanouissent’’.
Oui, disait ce théologien d’Oxford, Austin Farrer :
Notre religion n’est pas la simple relation de chaque âme avec Dieu. C’est un corps mystique dont nous sommes chacun les membres les uns des autres.
Et sœur Judith achevait son intervention par ces paroles de l’archevêque Justin commentant cette prière, ‘’une prière qui reconnait le passé et le présent, notre péché, et pourtant revient à Dieu qui nous appelle à l’unité car l’unité est la seule manière de vivre une vie digne de l’appel que nous avons reçu’’ :
Seigneur Jésus, qui as prié pour que tous soient un, nous te prions pour l’unité des chrétiens, selon ta volonté et selon tes moyens. Que ton Esprit nous permette de goûter la souffrance qui vient de la division, de voir notre péché et d’espérer au-delà de toute espérance. Amen.
Parmi les interventions nous sommes tous reconnaissants aux frères OSB de Montserrat qui nous ont parlé avec une grande compétence de la Catalogne et de l’Eglise en cette belle et grande région. Qu’ils en soient vivement remerciés.
Richesse de ces grands temps de prière, de ces belles et profondes méditations offertes par plusieurs d’entre nous. Notre rencontre s’est achevée au monastère des sœurs bénédictines de Montserrat. Accueil chaleureux, visite des lieux, célébration des Vêpres. Après un temps festif autour d’un généreux buffet, nous avons chanté ensemble les complies.
Quelle richesse reçue ! Grâce de vivre de tels moments, de telles rencontres.
Le père Martin de Zabala invitait à entendre la parole du Christ à François : “Va et répare mon Eglise” ! Nous rentrons chez nous enrichis de tels moments de communion et prêts à mettre en œuvre ces paroles :’’Répare mon Eglise’’, ce qui veut dire pour chacun de nous, pour nos Eglises : ‘’Sois signe de communion là où tu es appelé !’’
C’est encore l’appel des quatre arbres du petit cloitre du 12ème : le palmier, le cyprès, l’olivier et le laurier exprimant chacun selon sa nature, sa ‘’grâce’’ et appelant à la prière, au don de soi (la croix), à la paix et à la joie. Ils nous livrent un beau message !
C’est encore, de ce haut-lieu marial, que nous pouvons entendre la Parole de Dieu, source de communion, et que nous sommes invités à mettre en œuvre : Faites tout ce qu’Il vous dira’’. (Jn 2, 5).
Je conclus avec ces paroles d’Olivier Clément dans son livre “Questions sur l’homme” (p. 99) :

Quand il parle de Dieu, c’est un voyageur qui raconte.
Il a fait le chemin et payé le prix du sang.
Une Eglise où il n’y aurait plus de grands moines
menant ce pèlerinage dans les immensités de Dieu,
pour revenir ensuite vers les hommes,
le visage incendié comme celui de Moise descendant du Sinaï,
cette Eglise serait agonisante.
L’Eglise ne se porte bien que si elle a des martyrs ou des moines.
LA ROUTE EST DEVANT NOUS !

Sr Dominique. OP.