France : Un petit morceau d’Afrique est entré dans mon cœur !

Publié le : 12 avril

Le 30 novembre, sr Marie-Laure m’a invitée à m’asseoir pour m’annoncer : j’ai une demande à te faire, accepterais-tu de passer un mois au Bénin pour rendre service à la communauté de Lokossa pendant l’absence de Florence ? Quelle surprise !

J’ai pris 5 minutes pour ne penser qu’à une chose, ma carcasse de 72 ans va-t-elle porter le changement climatique...tout compte fait, je me suis dit que oui et c’est une joie profonde qui est montée en moi - « je me sens comme sur un petit nuage » ai-je dit - parce que depuis que nous accueillons à Poitiers des sœurs béninoises, je me disais que c’était vraiment dommage que je n’ai jamais posé un pied chez elles...que ce serait bien que les échanges se passent dans les deux sens.

Arrivée le 5 mars au soir, Nadine Degila m’accueillait et je passais après une première nuit au centre Paul VI, sous la moustiquaire, bercée par les chants de chorales diverses qui y répétaient. Le lendemain, départ pour Lokossa : des km le long de la route, longées par des milliers de petites échoppes - 3 planches et un toit de branchage ou de tôle pour s’abriter su soleil - où l’on vend de tout : fagots de bois, pneus, récipients de plastic, produits d’hygiène, pagnes, bidons et litres d’essence, fruits, légumes, céréales et petits mets faits maisons...Entre 2 échoppes, il y a les « ateliers » : couturières avec leur machine Singer, soudeurs, mécaniciens, coiffeuses, menuisiers, tresseuses de paniers et éventails, tourneurs...et aussi les vendeurs d’ informatique, de mobiles et les mini-banques...Une activité débordante parfois exercée en famille où toutes les générations sont présentes du dernier né à l’aïeul. En ville, ce qui frappe c’est l’aspect mégapole avec le contraste de quelques rares bâtiments aux finitions soignées à côté de logements très rudimentaires ou de nombreux bâtiments et églises inachevés sans doute avec l’espérance d’avoir les fonds pour terminer un jour. Il y a aussi une floraison d’églises évangélistes ou autres, y compris des sectes et quelques mosquées souvent très petites. Des milliers de zemzem (« taxi » en 2 roues où le chauffeur, en gilet jaune à Cotonou, peut transporter jusqu’à 2 adultes et un enfant ce qui fait 4 personnes) entourent un trafic réduit de voitures et de camions. Grande courtoisie aux carrefours pour réguler le passage en l’absence de feux, extrême habileté corporelle de ces chauffeurs pour garder l’équilibre, de même que pour les porteuses - sur la tête - d’immenses plateau de denrées diverses. Après le choc culturel des trois premiers jours - je me suis demandé si j’étais dans la réalité ! - Ce qui me touche, c’est l’accueil, la gentillesse, la facilité des contacts, la jeunesse de ce peuple, la lutte pour la survie avec de très petits moyens.

A Lokossa, je suis arrivée en pleine période de travaux : remplacement de la piste en terre qui longe la propriété et continue bien au-delà par la construction d’une large route avec tout l’infrastructure nécessaire pour poser un énorme tout-à-l’égout, etc. pratiquement le tout à la main à part les bétonneuses. Que de courage chez ces ouvriers et d’ardeur au travail ! Chez nous, réfection de la peinture de tout l’extérieur de la maison et aussi vernissage de toutes les portes et fenêtres à claire-voie. On va fêter le jubilé du cinquantenaire de la fondation, cela méritait bien un relooking ! Une équipe de 6 peintres (jeunes adultes et apprentis dont l’un ne devait pas avoir pus de 12 ans) se sont affairés très efficacement par ces 35° environ 8 à 9h par jour avec une pause de 14h à 15h30 environ, sieste oblige vu qu’on ne dort pas beaucoup par ces nuits chaudes. Quelques pièces étaient aussi repeintes telle la salle de communauté. J’ai été vraiment bien accueillie par Alphonsine, Carmina qui est repartie 3 jours après mon arrivée pour rejoindre Parakou, et les 3 junioristes : Eugénie, Mireille et Aurore. Elles étaient mes anges-gardiens, veillant à mon repos, aux petits soins pour m’éviter des désagréments éventuels, répondre à mes questions. Le premier service rendu était ma simple présence, avec préparation des offices et cuisine les jours assurés par Florence et puis vu les travaux, beaucoup de rangements, nettoyage et tri de tout le secteur cuisine, arrière cuisine, armoires de la salle de communauté et quelques « bricolages » réparateurs...ce qui rentrait tout à fait dans mes capacités. J’ai accompagné une fois Aurore à l’aumônerie des étudiants, Eugénie à la matinée d’ouverture de l’Ecole d’Initiation Théologique de Lokossa inaugurée un samedi matin, Alphonsine une après-midi au village de Houin où elle a lancé avec une sœur augustinienne un groupe de jeannettes et de guides. J’ai passé une matinée dans la classe de maternelle à l’entrée de notre communauté : 45 enfants de 3 à 5 ans répartis à certains moment en 2 sections, avec Marie, institutrice, Alphonsine, directrice, Mireille, Agnès, une volontaire française et par moment Epiphanie, adultes présentes selon un planning journaliers. A côté des maternelles, c’est le foyer : une douzaine de collégiennes et une quinzaine de lycéennes y sont pensionnaires car elles habitent trop loin des écoles ou ont été accueillies à pour des raisons éducatives. Elles doivent assurer leur cuisine, lessive, etc. Mireille, Aurore et Eugénie se sont réparti diverses responsabilités auprès d’elles : apprentissage de la gestion de leur argent pour leurs courses, suivi des études, liens avec les parents, les professeurs, aumônerie, petits soins d’urgence, accompagnements chez le médecin ou à l’hôpital, etc.
Cela demande une grande disponibilité des sœurs surtout en l’absence de Florence.

Avec ma petite radio j’ai pu capter radio-Bénin, la radio chrétienne du diocèse, Radio France International... très intéressant d’entendre le point de vue des africains par rapport aux occidentaux et aux actualités de la planète, par rapport à l’évolution de leur propre pays ou de leur Eglise catholique diocésaine ou locale. Beaucoup de programme éducatifs (exemple : place à donner aux enfants, relations parents- adolescents, questions de la famille dont ils souhaitent garder les valeurs positives sans être envahis par nos dérives occidentales,) témoignages et encouragements à l’entrepreneuriat pour les jeunes qui ont reçus une formation pour poursuivre la construction du pays et favoriser son essor économique, accent mis sur une évangélisation voire ré-évangélisation en profondeur des chrétiens, centrés sur la Parole de Dieu et l’accès à des formations.

Durant mon séjour, j’ai passé aussi deux matinées au centre Bethesda, centre d’accueil pour des enfants handicapés surtout moteurs mais aussi polyhandicapés et aussi quelques adultes victimes d’accidents. Il a été initié par nos sœurs et relayé par un couple de laïcs chrétiens, Emile (y travaille depuis 33 ans) et sa femme Éléonore. C’est phénoménal ce qui s’y fait : fabrication du matériel, prothèses, plâtres, etc. séances de massages, rééducation motrice auxquelles sont initiées et associées pleinement les mamans qui devront poursuivre seules les gestes chez elles après leur séjour, parfois jusqu’à plus de 12 mois, au centre.
J’ai aussi eu la chance de visiter sous la houlette du fondateur, le frère Godfrey Nzamujo, le centre Songhaï, qui s’est souvenu de son passage à la communauté de Chalon sur Saône où nous l’avions hébergé un soir qui s’est prolongé jusque dans la nuit tant ce passionné nous avait passionné par cette réalisation. Tôt matin à Cotonou, nous sommes allées à la messe au couvent des frères op. Ils nous ont invitées après à prendre le petit déjeuner et nous avons croisé quelques frères et novices ensuite départ pour Porto Novo. Le frère Nza nous a accueillies à l’entrée du centre où se tient le restaurant-école et nous avons dégusté des productions-maison. Puis visite de 2 heures dans tout le domaine. Il a très bien expliqué l’esprit de ce grand projet, en lien avec des valeurs humaines, bibliques, théologiques, spirituelles…Ici se réalise Laudato si depuis plus de 35-40 ans ! Songhaï, c’est un vrai paradis terrestre avec une société en autonomie et éco-recyclage et symbiose parfaite entre la nature et toutes les réalisations humaines. On a croisé quantité de personnes : jeunes en formation, écoliers en visites avec leurs professeurs, femmes et hommes au travail…partout l’accueil chaleureux, la fierté du miracle accompli ici !

Enfin, j’ai terminé mon séjour par 4 jours à la communauté de Akassato où j’ai croisé en plus des sœurs venues pour le conseil du vicariat qui s’y tenait alors. C’est une très belle réalisation : la vaste maison pour la communauté de formation, un bâtiment pour accueillir des groupes de formations diverses et les loger et dans le jardin très joli et fructueux, le bâtiment pour l’unité de production de jus de fruits. Une matinée, Marie-Francis m’a accompagné près de Porto novo au centre d’accueil et de réinsertion pour les malades mentaux de l’association « oasis d’amour-St Camille Lellis » dirigé par Grégoire, où œuvre aussi sa femme. Mais c’’est un lieu très beau dans sa simplicité et l’agencement des divers locaux, séparés par des cours intérieures arborées et fleuries, de petits lieux conviviaux en plein air, et aussi dans la tradition africaine pour l’espace cuisine om certaines malades ou anciennes malades participent. On y respire une ambiance d’humanité et d’accompagnement ajusté de la fragilité.

Voilà un petit aperçu de la vie ici. La vitalité, l’ingéniosité pour faire 36 choses avec très peu et tenir bon malgré tout, l’adaptabilité et la souplesse suite aux imprévus en tout genre, l’accueil et la gentillesse, la facilité de contacts, les réflexions et débats pleines de réalisme et d’analyses critiques de béninois pour encourager leur peuple…tout cela me fait dire qu’il y a là tout un potentiel et plein d’espérance pour construire leur avenir.

Encore mille merci à mes sœurs de m’avoir permis de vivre cette riche expérience.
Peut-être à une autre fois mais avec quelques degrés de moins ! En attendant je prie le Seigneur de souffler dans les voiles du vicariat.

Sœur Marion Schobbens

Légendes des photos :
1- Marion à la maternelle
2- Alphonsine à la maternelle
3- Eugénie, Aurore et Mireille (junioristes) devant le grand kapokier abattu
4- Marion, Jean-baptiste 2ème fils d’Emile et sa femme Eléonore
5- Emile, une maman et sa fille
5- Cadeau de départ de Lokossa (Alphonsine, Eugénie, Marion et Mireille au fond)
6- Dernier soir à Lokossa Alphonsine, Eugénie, Marion, Mireille
7/8/9/10/11- Soirée détente-jeu à Akassato