Lettre du Maître de l’Ordre du 13 Mai 2021

Publié le : 15 mai

Le chapitre général de l’Ordre des Prêcheurs : structure de communion et de mission

En commémoration du 8ème centenaire des
premiers chapitres généraux de l’Ordre (1220, 1221)

Solennité de l’Ascension du Seigneur
Rome, le 13 Mai 2021

Prot 50/21/183 Letters to the Order

Nous avons décidé, l’Esprit Saint et nous… (Actes 15,28). Il s’agit d’une heure exceptionnelle de l’histoire de l’Église. Confrontée à la division, l’Église prend une décision sans précédent. Jacques, chef de la communauté de Jérusalem, expose une résolution audacieuse ; c’est le premier résultat d’un discernement communautaire, ardu pour une Église naissante, en confrontation avec les apôtres Pierre et Paul, sous la direction de l’Esprit Saint.

Avant ce moment charnière, les apôtres, sous la direction de Pierre, ont tiré au sort pour déterminer qui prendrait la place de Judas Iscariote. Ils avaient des critères clairs pour choisir cette personne : “Il faut donc choisir un homme parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu avec nous, depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où il a été enlevé du milieu de nous. Il nous sera associé comme témoin de sa résurrection.” (Actes 1,21-22). Ils ont prié pour être guidés mais lorsque le moment fut venu de choisir entre Joseph et Matthias, ils ont eu recours au tirage au sort. Ainsi, la décision prise n’était pas le résultat d’un processus interne de discernement communautaire mais un acte qui recherche la volonté de Dieu et s’impose à l’homme de l’extérieur ; il est semblable à celui qu’Aaron avait utilisé dans l’Ancien Testament : “et [Aaron] tirera au sort pour déterminer lequel revient au Seigneur et lequel revient à Azazel” (Lév. 16,8). A ce moment Dieu reste transcendant et invisible, sa volonté se manifeste à travers un objet inanimé, sur lequel l’homme n’a aucun moyen de manipuler le résultat ni de se tromper.

Comme j’aimerais ne pas avoir à prendre de décisions difficiles ; si seulement notre constitution permettait le “tirage au sort” comme moyen légitime de prendre des décisions ! Mais le choix de Matthias est le dernier tirage au sort qui nous soit rapporté dans le Nouveau Testament. Après la Pentecôte, toute prise de décision a radicalement changé en raison de la présence immanente du Saint-Esprit qui joue un “rôle actif” dans la vie de l’Église. Pour cette raison, les Actes des Apôtres sont appelés par de nombreux biblistes “Actes du Saint-Esprit”. Au cours de ce qu’on appelle le Concile de Jérusalem, Jacques, chef de la communauté de Jérusalem, prononce son jugement : “Car il nous a semblé bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous imposer aucun fardeau plus grand que ces exigences” (Actes 15,28). Une décision importante n’est plus prise par tirage au sort mais elle est le fruit d’un dialogue communautaire intense et d’un discernement patient inspiré par l’Esprit ; cela déterminera ce qui est vraiment bon pour la communauté. En effet, “l’Esprit de vérité qui guide vers la vérité tout entière” (Jean 16,3) “habite désormais en eux” (1 Cor. 3,16). Après la Pentecôte, le discernement communautaire qui conduit à toute prise de décision se fait à la “manière apostolique”, en présence du Seigneur. La décision est communiquée aux communautés par une lettre ; puis les communautés font le choix de délégués qui sont envoyés pour accompagner la réception de la lettre ; ces étapes font partie intégrante du processus qui aboutit à la mise en œuvre d’une décision communautaire (Actes 15,22-32).

Saint Dominique a célébré les premiers chapitres généraux en 1220 et 1221, en la solennité de la Pentecôte. Si les frères devaient embrasser le mode de vie apostolique, ils devaient aussi adapter la manière apostolique de prendre des décisions pour l’ensemble de l’Ordre . La forme communautaire de gouvernement (LCO VI) que Dominique a donnée à l’Ordre est aussi un don à l’Église, car la mission de l’Ordre est de contribuer à la construction de l’Église, le corps du Christ.

Les chapitres – généraux, provinciaux, conventuels – sont des instruments pour construire la communion. Ils sont le lieu où l’on confronte les défis auxquels les frères font face, pour rechercher un consensus sur les questions qui divisent, pour discerner les meilleurs moyens de servir la mission de l’Ordre à un moment et en un lieu donnés et, plus important encore, pour une écoute et un apprentissage mutuels, entre frères.

Ignace d’Antioche, dans sa lettre à la communauté d’Éphèse, dit que les membres de l’Église sont σύνοδοι, “compagnons de route“, en vertu de la dignité du baptême et de leur amitié avec le Christ. Nous, Dominicains, sommes également synodoi, “compagnons de route”, frères et sœurs en mission – ensemble pour prêcher le Verbe fait chair. A l’occasion de la célébration solennelle du 800ème anniversaire des premiers chapitres généraux de l’Ordre (1220-1221), j’ai demandé à brother Timothy, fray Carlos et frère Bruno de partager leurs pensées et réflexions sur leurs expériences concrètes des chapitres généraux dans l’Ordre, sur la façon dont les chapitres généraux sont devenus des moyens d’unité et de communion, au service de la prédication qui est la mission de l’Ordre. En tant que Maîtres de l’Ordre, ils ont été, et continuent d’être des “synodoi” – compagnons de route dans le voyage de l’Ordre, dans son “itinérance communautaire”. En lisant leurs réflexions, nous retrouverons des idées fondamentales communes, mais le contexte et le contenu de leurs expériences varieront, elles seront donc semblables, mais différentes.

Fr. Gerard Timoner, OP
Maître de l’Ordre

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Source : www.op.org

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Aquí la Carta completa en español - 183_8th-centenary.esp__1_.pdf (395.7 ko)

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