Méditation pour le Samedi Saint

Ce Samedi saint est un moment unique dans l’Église : c’est le jour du « Grand Silence », l’entre-deux entre la mort du vendredi et la vie du dimanche.

Le monde s’est tu. Le ciel est de plomb, comme si le Père retenait son souffle. Plus un bruit, des soupirs et quelques larmes. Dans Jérusalem, j’ai croisé quelques acteurs de la tragédie qui vient de se vivre : Marie, Joseph d’Arimathie et Nicodème, Marie-Madeleine et Pierre.

Le Samedi saint, c’est le Jour de Marie. Gardienne de la promesse, elle seule semble garder la foi quand tout semble perdu. Elle souffre comme une mère, mais une lueur d’espérance la soutient. Elle se rappelle sa parole : « Le troisième jour ». Elle veille, seule lampe allumée dans la nuit d’Israël.

Joseph d’Arimathie et Nicodème, eux, sont épuisés, couverts de la poussière du tombeau. Ils discutent du risque qu’ils ont pris face à Pilate. « C’est fini, soupire Joseph d’Arimathie, j’ai utilisé mon propre tombeau, celui que j’avais creusé pour ma vieillesse. J’ai enfin osé sortir de l’ombre, mais il a fallu qu’il meure pour que je trouve le courage de demander son corps à Pilate. Je suis un notable d’Israël, respecté et riche, et pourtant, je n’ai jamais été aussi pauvre que ce soir, devant cette pierre que nous avons roulée ensemble. »

Marie-Madeleine et les saintes femmes se dépêchent de préparer les aromates avant le repos du sabbat. Ensuite, elles pourront retourner au sépulcre. « Encore quelques heures, s’impatiente Marie-Madeleine. Que ce sabbat est long ! La loi nous interdit de marcher, nous interdit d’agir, mais comment peut-on rester immobile quand l’Amour est enfermé dans l’ombre ? Je ne cherche pas un roi, je ne cherche pas un miracle... je cherche mon Seigneur. Je veux juste laver la poussière et le sang, soigner ce corps qu’ils ont brisé. Demain, dès l’aube, j’irai au sépulcre. »

Pierre s’est caché par peur des autorités. Ce jour est le plus sombre de sa vie : il a renié et vu mourir son maître. Il est seul face à sa culpabilité. Je l’entends, le cœur lourd, se lamenter : « Pourquoi ne m’ont-ils pas arrêté moi aussi ? Pourquoi suis-je ici, à respirer, alors qu’Il ne respire plus ? Ce coq... son chant déchire encore mes oreilles à chaque seconde de ce silence. J’ai dit : "Je ne le connais pas". Trois fois. La pierre du tombeau est scellée, mais c’est mon propre cœur qui est enterré dessous. Je ne peux même pas pleurer sur son corps, je n’en suis plus digne. »

Le silence est revenu sur Jérusalem après le tumulte d’hier au prétoire. Pilate croit que le calme est revenu parce que la ville se tait pour le Sabbat. Il se trompe. Ce silence n’est pas la paix, c’est un gouffre. Même si les apôtres sont aujourd’hui dans le deuil, quelque chose a commencé hier que la mort ne saura pas finir. Le monde a basculé.

« Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. »
Le silence de ce Samedi saint n’est pas un vide de sens. Vivons-le comme une respiration profonde avant l’alléluia de la Vigile pascale. Soyons-en sûrs : c’est le passage nécessaire de la douleur à la joie.

Sr Anne-Claire