Veuves ou sages-femmes ? Veuves, sages-femmes et femmes enceintes

Publié le : 22 avril

Réflexion de Sr Inmaculada Sánchez García-Muro

Veuves ? Parce que nous sommes plus âgées, que nous avons perdu des êtres chers et que nous nous asseyons et pleurons ? Veuves parce que nous devenons des femmes sages ; nous avons appris à dire adieu à ceux que nous aimions, à ce que nous aimions et à ce qui nous donnait de la sécurité, que ce soit de personnes, de lieux, d’expériences, de projets. Nous transportons de nombreuses blessures dans nos sacs à dos, mais aussi des onguents pour les soigner. Oui, des femmes sages. D’une sagesse de plusieurs siècles.
Sages-femmes ? Parce que nous promouvons la vie, la facilitons ; parce que nous sommes les témoins d’une nouvelle vie, même si nous ne sommes pas celles qui la portons dans notre ventre, ni celles qui lui donnent naissance ? Sages-femmes parce que nous promouvons et soutenons la vie ; parce que nous aidons les autres à donner naissance à ce qu’ils sont en profondeur, à valoriser leur propre dignité, à se relever et à se tenir debout. Nous sommes sages-femmes parce que nous sommes capables de voir la nouvelle vie là où elle est donnée et d’aider à la faire naître. Mais en plus d’être des sages-femmes, nous sommes aussi des ‘donneuses de vie. ‘
Toute l’histoire de la vie religieuse féminine a été un accouchement continu. Une grande multitude de vies ont été engendrées en nous. Nous les avons vu naître, grandir, devenir adultes, indépendantes et nous les avons vu, à de nombreuses reprises, mourir. Le fait d’être veuves ne nous a jamais empêchées de continuer à être à la fois des donneuses de vie et des sages-femmes.
Peut-être cette condition de veuves et de sages-femmes nous permet-elle de reconnaître là où la vie manque. Comme Marie-Madeleine lorsqu’elle trouve le tombeau vide le matin du dimanche de Pâques.
Je m’approprie quelques mots de Monica Hüppi. Marie-Madeleine trouve le tombeau vide et pleure. Le lieu où reposait le corps de Jésus est vide ; le monde dans lequel vivait Jésus est maintenant vide ; celle qui ne trouve pas son Seigneur est vide ; ses pieds qui l’ont conduite au tombeau, ses mains chargées de parfum ne le trouvant pas sont vides. Son âme erre dans le néant, sans aucun sens.
Elle savait que la vie n’était déjà plus là, c’est le sens du vide. Parce que nous sommes veuves (nous connaissons le vide) et sages-femmes (nous reconnaissons la vie), peut-être pouvons-nous développer un instinct spécial pour découvrir les vides qui doivent être fécondés.
Comme Marie-Madeleine, nous avons besoin de nous séparer du tombeau vide, de regarder ailleurs pour continuer à entendre l’appel de Dieu, pour entendre comment Dieu continue à nous appeler par notre nom et ainsi retrouver la capacité de nous reconnaître nous-mêmes. Comme Marie-Madeleine, il nous est aussi demandé de lâcher prise, de ne pas nous accrocher à la vie connue, d’accepter la douleur du départ, de lâcher nos sécurités. Un processus parfois douloureux qui, peut-être, nous amènera à nous laisser habiter par la vie.
Veuves et sages-femmes, enceintes et sages ? appelées à reconnaître tout le processus en nous, à reconnaître la voix qui nous nomme. Appelées à être envoyées comme sages-femmes pour que les autres puissent reconnaître la vie qui est en gestation en eux. Appelées et envoyées pour proclamer que la vie nous entoure, nous inonde, nous habite. Peut-être appelées et envoyées pour vivre la découverte de faire partie d’une création dont il faut prendre soin pour qu’elle continue d’exister.
Après la rencontre avec le vide, après avoir eu besoin de s’éloigner, de regarder ailleurs, la vie que nous découvrons se présente avec un autre visage. Il est peut-être impossible de regarder en arrière parce que la vie n’est peut-être déjà plus là.
Nous traversons des périodes d’égarement, peut-être de vide : où est la vie ? où est ce que je connais ? par où commencer ? et maintenant quoi ? où trouver ma place ?
La pandémie a tout bouleversé. Peut-être que, comme Marie-Madeleine, nous avons besoin de nous éloigner du tombeau pour écouter la voix qui nous appelle, la voix qui nous nomme, pour nous souvenir de la voix de la vie.