A revoir : Silence de Martin Scorsese (2016)

Published : 20 February

A défaut de pouvoir aller au cinéma, Sr Hélène Feisthammel nous propose de revoir un film...

Deux missionnaires portugais décident, en 1633, de gagner le Japon et de retrouver leur maître disparu là-bas et accusé d’avoir renié le Christ. C’est dans la plus gran-de clandestinité qu’ils débarquent, guidés par un pauvre hère effrayé et braillard.

Cela faisait des années que Martin Scorsese rêvait de porter à l’écran le roman de Shûsaku Endô. Sans doute y retrouvait-il, porté à son paroxysme, le thème qui a inspiré toute son œuvre : la culpabilité.

Silence est l’apothéose d’un cinéaste hanté par la grâce, donnée à certains presque naturellement, mais que d’autres poursuivent à jamais et en vain. Et les périls d’une foi qui, parfois, ne reflète que la vanité de celui qui la professe. C’est un film lent, ample, rongé par le doute, mais bien plus apaisé que d’habitude. Devant ces plans magnifiques, où la nature dépasse constamment les ambitions humaines, on mesure à quel point Akira Kurosawa a pu être, pour le réalisateur américain, une sorte d’ange gardien. Kagemusha et Ran sont formellement tout proches.

La force du film vient de son humilité même. Pas un instant le cinéaste ne se veut un prosélyte du catholicisme. Au contraire, il montre ses deux prêtres étonnés, voire dégoûtés par ces villageois japonais incultes, convertis par hasard, qui réclament avec une ferveur hystérique confessions et absolutions. Et s’ils croisent la route de chrétiens qui acceptent de mourir pour leur foi, leur admiration est confrontée à l’inutilité de cette mort. Leur foi vacille.

A voir !
Disponible en vidéo.

Sr Hélène Feisthammel