Cinéma : Jericó, de Catalina Mesa

Publié le : 1er juin

Pour son premier long métrage, Catalina Mesa est retournée vivre à Jericó, village de ses ancêtres isolé dans la cordillère des Andes.

Dans ce lieu où le temps semble s’écouler plus lentement qu’ailleurs — un havre de paix comparé à Medellín tout proche —, elle a rencontré huit femmes de tous âges, dont une centenaire, vivant seules pour la plupart. Témoignages qu’elle assemble comme un patchwork, et qui dessinent, en filigrane, un portrait de la Colombie d’hier : éducation stricte, tensions raciales, omniprésence de la religion…

La cinéaste porte une attention particulière aux conversations enjouées entre amies, aux activités quotidiennes — couture, cuisine, parties de cartes. La photographie baignée de lumière, les couleurs chatoyantes des façades contrastent délicatement avec la mélancolie ambiante. Imminence de la mort, perte des êtres chers, chagrins d’amour : les habitantes évoquent avec une grande pudeur leurs douleurs intimes, auxquelles fait écho une superbe bande-son, tout en ritournelles langoureuses issues du répertoire local. Ce que dépeint la réalisatrice, c’est un monde en voie de disparition : les pièces des appartements, pleines de souvenirs, semblent hantées par des fantômes.

Signifiant la nécessité de vivre d’espoirs, Mesa boucle son film de manière élégante, sur un ciel qui attend les unes et libère les autres.

Critique rédigée par Sr Hélène Feisthammel, op