Cinéma : « La Vie scolaire » de Grand Corps Malade et Mehdi Idi

Publié le : 2 septembre

Sortie en salle : août 2019

Une année au cœur de l’école de la République, de la vie... et de la démerde tout simplement. Samia, jeune CPE novice, débarque de son Ardèche natale dans un collège réputé difficile de la ville de Saint-Denis. Elle y découvre les problèmes récurrents de discipline, la réalité sociale pesant sur le quartier, mais aussi l’incroyable vitalité et l’humour, tant des élèves que de son équipe de surveillants.

Grand Corps Malade et Mehdi Idir s’assoient au chevet de l’école, avec un engagement viscéral. Leur premier film était inspiré de l’histoire de Grand Corps Malade. C’est au tour de Mehdi Idir de prêter certains de ses souvenirs à cette chronique chaleureuse, filmée dans l’établissement des Francs-Moisins, à Saint-Denis, où il fut élève.

En travaillant avec des acteurs non-professionnels pour la plupart et des figurants du quartier des Francs-Moisins, les réalisateurs orchestrent des scènes de groupes pleines de vitalité, de chahut joyeux. La réalisation, nerveuse, fait corps avec l’énergie des personnages : le gamin « mytho », dont chaque retard donne lieu à des explications épiques, le surveillant qui passe son temps à expliquer ses blagues, le prof de sport tout fier d’organiser des matchs de foot sur rollers — original, certes, mais dangereux…

Comme dans Patients (2017), les auteurs ménagent l’équilibre entre l’humour et la gravité. Au fil de saynètes quotidiennes, se dessinent des situations contrastées, les failles d’une institution qui peine à enrayer l’échec, l’humanité d’enseignants exemplaires. Si beaucoup refusent de baisser les bras, ceux qui capitulent suscitent, eux aussi, l’empathie. Comme le prof d’histoire, poussé à bout par des élèves qui ne le respectent pas.

Seul bémol : l’intrigue secondaire autour de la prison — librement inspirée de l’histoire de Mehdi Idir, dont le père a été incarcéré — se révèle trop schématique. Pour le reste, les réalisateurs réussissent à brosser un tableau nuancé. L’espoir est bien là, mais les parcours restent compliqués pour ces ados défavorisés au départ. Le travelling final, survolant la cité écrasante, suggère la difficulté d’échapper à la fatalité sociale.

A ne pas manquer, pour nous qui avons été enseignantes et le sommes encore !

Sr Hélène Feisthammel