Justice et Paix a encore sa place dans notre société

Publié le : 16 janvier

“Un chrétien qui ne serait pas révolutionnaire, en ces temps-ci, n’est pas chrétien...”
(Pape François)

Pour l’efficacité de notre prédication, aujourd’hui, l’annonce du mot "Espérer" est modèle de Prophétie, de Témoignage et d’Espérance. À la lumière de l’Evangile, et dans le concret, il est nécessaire d’annoncer aux pauvres et à ceux qui souffrent qu’il y a de l’espoir et d’interpeller les oppresseurs pour qu’ils changent leurs attitudes. C’est pourquoi, nous devons nous demander : “Quelle est notre Espérance ?” Oui, notre espérance s’exprime en manifestant notre indignation face aux injustices et en luttant contre toutes les situations d’oppression. Pour porter cette annonce d’espérance, nous devons être attentives à la réalité qui nous entoure si nous voulons rester fidèles à la tradition dominicaine.

Cette perspective fait que la fidélité aux intuitions premières de st Dominique nous permet de persévérer dans cette recherche et de ne pas laisser tomber ce qui est vivant au dedans de nous. Nous, dominicaines, nous ne nous limitons pas à la parole Espérer dans le sens d’une impossibilité de bouger, ou de fuir des réponses ou des décisions. Le verbe Espérer traduit pour nous, femmes consacrées, la consistance de la vérité concrétisée dans la bonne nouvelle d’une vie heureuse pour toutes les personnes humaines. Ceci nous donne la possibilité de vivre ce moment : les défis de la défense des droits humains ; le Droit à la vie, à la santé, à l’éducation au logement, la lutte pour la réforme agraire et urbaine ; la préservation de la Planète Terre et de la propre destruction de l’être humain, image et ressemblance du Dieu de la Vie. Si nous, femmes et hommes, sommes capables de détruire la Création de Dieu, nous finirons par nous détruire nous-mêmes.

Prophétiser est la parole qui nous aide à passer de notre action concrète à notre verbalisation. Comme Dominicaines, nous nous questionnons sur notre capacité prophétique : notre manière d’annoncer l’Evangile et de faire comprendre ce que nous assumons : la théologie de la prospérité (théologie de la modernité) ou la théologie qui met vraiment Dieu est centre de tout. Les catholiques, les consacré(e)s et la famille traditionnelle ne sont plus majoritaires aujourd’hui. Nous avons une diversité culturelle qui exige de nous une cohérence dans notre prophétie et pour ne pas être injustes. Savoir utiliser la même prophétie de Jésus est notre défi. Accueillir tout le monde sans jugement est une attitude évangélique pour aujourd’hui. Et de même, exclure toutes paroles mauvaises, celles qui tuent, oppriment, font violence et dévalorisent. Prophétiser, c’est pouvoir dénoncer les injustices sociales qui oppriment les pauvres et élèvent les riches, qui détruisent l’humanité au nom de la richesse pour un petit nombre seulement, qui font des pauvres des prisonniers de leur situation économique. Ceci signifie ne pas se taire face aux prisons remplies de noirs, de jeunes et d’homosexuels. C’est interférer dans les politiques publiques qui asservissent, qui exigent des impôts de la part des pauvres, des travailleurs, des retraités (des impôts sans fin !). Prophétiser, c’est être libre pour dire au monde que Dieu est Père, Mère et Mouvement d’Amour, incarné dans la réalité où vit sa création. C’est pouvoir embrasser les personnes sans jugement unilatéral, accueillir les personnes comme elles sont et non comme nous le souhaiterions. Etre prophète, c’est porter le Christ dans nos entrailles où nous engendrons la vie et où nous apprenons qu’engendrer la vie est la mission de nous toutes.

Le témoignage est le fondement qui nous éduque pour la vérité. La vérité se trouve seulement là où il y a cohérence avec les valeurs évangéliques. De la même façon, le témoignage est une exigence évangélique comme une proposition concrète où le Royaume de Dieu peut se réaliser. Notre témoignage doit être celui de Jésus Christ. Il faut combattre les fausses politiques de notre temps qui volent et cachent les garanties du Droit et de la Dignité. Ce sont les innombrables privatisations qui génére la violation du droit par le chômage, le manque de logements, l’abstention scolaire, etc. La privatisation n’inclut pas le pauvre. Elle supprime la justice, la paix, les politiques publiques, le droit à l’équité. Elle manipule la conscience et utilise la technologie pour manipuler la société.

Face à tout ceci, nous faisons l’expérience de la parole Espérer et nous cheminons entre le Témoignage, la Prophétie et l’Espérance pour parvenir aux idées de Justice et Paix. Nous, dominicaines de la CRSD, nous sommes appellés à assumer notre charisme de prêcheresse de la Vérité, de la Justice et de la Paix. Et à insister toujours sur les questions justes pour trouver des réponse aux appels du monde. Il n’y a pas de chemin tout fait puisqu’il se fait en marchant. Nous nous demandons avec insistance : comment être témoin au milieu de tout cela ? Comment pouvons-nous présenter un projet missionnaire de Justice et Paix pour notre réalité locale et mondiale ?

Commission Justice et Paix de la CRSD