« Marie Heurtin » de Jean-Pierre Améris

Publié le : 28 mars

Sortie en France / 12 novembre 2014. Grand Prix / Festival du Film de Locarno 2014. Disponible en D.V.D.

Cette histoire est inspirée de faits réels qui se sont déroulés en France à la fin du 19ème siècle. Née sourde et aveugle, Marie Heurtin (Ariana Rivoire), âgée de 14 ans, est incapable de com-muniquer avec le reste du monde. Son père, modeste artisan, ne peut se résoudre à la faire interner dans un asile. En désespoir de cause, il se rend à l’institut de Lamay, près de Poitiers, où des religieuses prennent en charge des jeunes filles sourdes. Sœur Marguerite (Isabelle Carré) se fait fort de s’occuper du « petit animal sauvage » qu’est Marie.

Jean-Pierre Améris raconte l’histoire vraie de Sœur Marguerite qui, refusant de considérer comme désespéré le cas de Marie Heurtin, mit au point une méthode de communication basée sur le toucher. Le film décrit avec une précision épurée le dur et laborieux apprentis-sage, des gestes les plus élémentaires aux notions les plus abstraites, de la frustration violente à l’épanouissement. Isabelle Carré et la jeune sourde Ariana Rivoire donnent une intensité passionnée à cette bataille.

« Marie Heurtin » est un film sur l’humain, qui prône l’importance d’un sens d’ordinaire assez peu mis en avant : le toucher. C’est par le toucher que Marie perçoit le monde. Une histoire d’amour humble, sensitive, où les mots s’apprennent du bout des doigts, par la rudesse d’une écorce, la douceur du soleil ou le fil d’un couteau. Filmer le temps, le vide, le souffle du vent du point de vue d’une enfant emmurée n’est pas chose aisée mais, en dépit d’une surenchère de musique, ces sensations captées nous parviennent et nous touchent.

On pense évidemment à « L’Enfant sauvage » de François Truffaut, dont Marie Heurtin serait en quelque sorte le pendant féminin, avec son lent apprentissage du langage des signes et des codes de la vie en société. Ce qui est beau dans « Marie Heurtin », c’est l’obstination infatigable de l’éducatrice, ce rapport à la vie qui tient plus du sacré que du religieux et auquel Isabelle Carré (Sœur Marguerite) prête son énergie de douce tornade. « Marie Heurtin » est avant tout un film sur les relations humaines et sur la solidarité.

Respectueux et tendre, cet éloge de la patience touche par ses partis pris esthétiques. Les cadrages sur les doigts de Marie (ses seuls « outils » de langage) et sur sa nuque quand elle accepte, enfin, qu’on lui brosse les cheveux. Les couleurs évoquent les toiles de Degas, ses femmes à la toilette… Jean-Pierre Améris filme ce drame avec une pudeur implacable, tant elle devient une force et le sujet même du film. Pour le cinéaste, la beauté, sinon Dieu, est dans le détail.

Plus qu’un film, une grâce et une foi en l’autre !