Par les Sœurs Missionnaires Dominicaines du Rosaire : nouvelles de nos sœurs au Guatemala Eruption volcanique

Publié le : 1er août

Le Guatemala pris dans une autre tragédie

Il semble que dans ce pays nous ne sortions jamais des tragédies. Il y a peu de temps encore nous faisions mémoire des 46 enfants mortes brulées il y a à peine un an à cause de la négligence des organismes d’état et le manque d’attention pour l’enfance abandonnée. Nous constatons avec douleur qu’en un peu plus d’un mois, 8 leaders de mouvements de paysans de différentes régions ont été assassinés et beaucoup d’autres sont persécutés ou recherchés comme si lutter pour la défense de la terre, pour les droits de l’Homme et contre la corruption était un délit.

Nous étions pris en cela quand l’irruption du volcan de feu nous a surpris le 3 juin dernier. Un phénomène naturel ne devrait pas devenir une tragédie si ce n’était à cause de l’injustice et des inégalités de ce peuple où les terres prospères, les lieux habitables sont entre les mains de quelques privilégiés et si nous avions des autorités attentives aux pauvres et développant des programmes de prévention et de secours réels en cas de désastre.
Le gouvernement tente de masquer l’importance de la tragédie en minimisant les chiffres mais les survivants qui cherchent désespérément leurs proches font apparaitre la vérité. Un village qui avait plus de 800 habitants a totalement disparu mais le président parle de seulement 200 disparus. Etant donné les risques du lieu, le volcan continuant avec des irruptions et des explosions, seul une centaine de cadavres ont pu être récupérés, beaucoup l’ont été par les familles elles-mêmes et cela bien des jours après l’irruption. Les organismes gouvernementaux n’ont fait qu’un minimum d’efforts aussi bien les jours précédant l’irruption que ceux qui ont suivi la tragédie. C’est la solidarité des pauvres entre eux et quelques organisations internationales qui ont assuré les secours.
Nous autres, Missionnaires Dominicaines, nous soutenons les victimes par CONFREGUA (Conférence des religieuses et religieux du Guatemala), à laquelle nous avons toujours participé activement et dans laquelle une sœur est engagée dans le comité directeur. Nos communautés ne sont pas dans la zone dévastée (la plus proche est à 50km du volcan) et il n’y a ni sœurs ni familles de nos sœurs affectées directement. Nous pouvons dire la même chose pour les autres communautés de l’Ordre Dominicain. Nous allons bien et disposons de toutes nos forces pour venir en aide, autant directement auprès des victimes que pour la lutte, avec d’autres organismes de Justice et Paix, des droits de l’Homme et de la Vie religieuse pour exiger justice face au gouvernement. Durant les jours de la catastrophe nous sommes allées protester et soutenir une manifestation devant le palais du Gouvernement, un autre jour devant le Congrès et une autre fois encore nous avons fait une marche nocturne avec des bougies pour proclamer que face à l’obscurité que nous vivons à cause de tant de corruptions et de la négation des droits du peuple, nous voulons continuer à être une lumière dans l’obscurité. La corruption et l’impunité sont nos grands problèmes et nous déclarons que la tragédie n’est pas le volcan ; la pire des tragédies est ce système que nous avons et un Gouvernement corrompu et inapte qui ne contribue pas à résoudre les grands problèmes qui touchent la grande majorité du peuple. Quelques pancartes de la manifestation disaient : « La corruption tue » ; « Ce gouvernement brule les enfants » (faisant allusion aux nombreux enfants qui ont été découverts brulés et aux 46 fillettes brulées l’année dernière).
Comme toujours ce sont les pauvres qui meurent, les plus vulnérables. Les victimes ont été des paysans que le système repousse aux limites et qui se voient obligés de s’implanter dans des lieux peu surs et dangereux. La terre est entre les mains de quelques- uns et il n’y a jamais de place pour les pauvres. Chaque phénomène naturel devient une tragédie pour eux et ils révèlent simplement une insupportable situation d’injustice et d’inégalité qui clame vers les cieux et qui, comme le sable, la fumée et la cendre du volcan est impossible à cacher et impossible à faire taire.
Avec CONFREGUA et d’autres groupes, comme Missionnaires Dominicaines, nous avons humblement soutenu et aidé au milieu de la douleur et de l’indignation. Immédiatement avec quelques jeunes du Mouvement de la Jeunesse Dominicaine et des Communautés Ecclésiales de Base avec lesquelles nous travaillons, nous avons été donné un coup de main dans les centres de réception des aliments et du matériel d’hygiène. Nous sommes ensuite allés dans quelques auberges pour nous rendre solidaires et être parmi les gens, soutenir, écouter et tendre la main, ainsi que mettre sur pied quelques programmes d’aide à plus large échelle. Comme il est de coutume dans nos pays, trois mois après la tragédie dont personne ne se souvient, les victimes et les morts sont oubliés par les autorités et les organisations. Nous voulons nous associer avec des petites aides à un projet de la Vie Religieuse qui accueille la parole du pape et s’appelle “Terre, Toit et Travail” ; ce sont les trois questions auxquelles nous devons répondre pour nos frères et sœurs qui sont restés sans rien.
Actuellement il y a des sœurs religieuses qui se consacrent nuit et jour pour accompagner les gens et les servir de différentes façons (cuisinant, soignant les enfants, écoutant les personnes, les aidant à s’organiser, etc. ) Quatre de nos sœurs y réalisent une présence plus longue. D’autres offrent d’autres types d’aide là où elles se trouvent ou bien elles viennent pour des temps plus courts. Avec notre passion pour la vie et notre Charisme Dominicain nous continuons à prier pour les victimes, pour ceux qui vivent dans des situations à risque, pour la résistance et la lutte pour qu’il y ait un changement dans un système qui produit victimes et de nombreux morts.

Site internet : http://misionerasdominicas.org/fr/