Quelques nouvelles de l’Accueil Migrants Oujda (AMO)

Publié le : 2 mars

Grâce à la caisse de solidarité de la CRSD, nous nous sommes engagées à soutenir le travail de l’association « Accueil Migrants Oujda » au Maroc. Nous vous partageons quelques nouvelles de son action.

Chers amis,

Nous poursuivons l’accueil 7j/7 et 24h/24 des personnes qui frappent à la porte, en provenance d’Algérie (souvent en situation de grande précarité) ou en provenance du Maroc (personnes refoulées à la frontière algérienne, personnes désirant repasser en Algérie pour trouver du travail ou rentrer au pays, personnes demandant un appui pour se soigner ou faire face à leurs difficultés).

Nous assurons l’accompagnement de personnes malades et blessées. En particulier, depuis plusieurs mois, nous hébergeons

- 3 malades de la tuberculose qui sont maintenant en fin de traitement,
- 1 jeune qui vient de finir de soigner son hépatite,
- 1 jeune femme qui a vécu un drame lors du passage de la frontière (enfant décédé in utéro et pieds et mains gelées lors du passage dans la neige avec nécessité d’amputation),
- plusieurs jeunes avec des fractures des jambes (au passage de la frontière).

Nous avons aussi accueilli plusieurs mineurs blessés lors de l’accident du taxi-mafia qui les amenait de la frontière à Oujda (fractures diverses), en lien avec les autorités marocaines (gendarmerie, juge des mineurs…). Nous avons maintenant 2 médecins subsahariens dans l’équipe qui font le lien avec les centres de santé, surtout pour le suivi des opérations chirurgicales et les complications de certaines pathologies (otites, gale et dermatoses associées, soins dentaires…). Plusieurs personnes font également l’accompagnement vers les centres de santé.

Nous accueillons aussi régulièrement des personnes plus fragiles, en attente de retour dans leur pays, qui ont beaucoup souffert dans l’aventure migratoire et sont parfois très marquées psychologiquement (ou même avec des pathologies psychiatriques) ; dans ce cadre nous essayons de construire le programme de retour des 2 plus jeunes de la maison, 2 enfants camerounais de 7 et 9 ans.

Nous soutenons des démarches auprès des autorités marocaines pour des dépôts de plainte (pour escroquerie dans l’aventure migratoire, violences, viols…).

La plupart du temps, ces personnes sédentarisées à cause de la maladie ou des blessures peuvent bénéficier des cours de soutien en français, ou d’une alphabétisation, tout comme les mineurs les plus jeunes qui n’ont pas de programme au Maroc et que nous accueillons le temps de leur apprendre à lire et à écrire. Ces ateliers d’alphabétisation, de soutien scolaire (français, math, espagnol, informatique, anglais…) sont gérés par une équipe de bénévoles (1 directrice d’école primaire à la retraite depuis peu ; 2 coopérantes françaises à Oujda présentes au titre d’autres associations et pour quelques mois en appui pédagogique chez nous, 2 religieuses espagnoles qui ont rejoint notre équipe en octobre 2019, des étudiants(tes)…

Parmi les bénéficiaires de ce soutien scolaire, il y a aussi les jeunes en formation professionnelle à Oujda dans différentes lieux :
- 2 enfants de 7 et 9 ans à l’école primaire,
- 1 jeune d e16 ans au collège,
- 1 jeune de 16 ans au collège pour les aveugles et mal voyant car il est presque aveugle,
- 1 jeune en coiffure (école privée)
- 1 jeune en formation d’infirmier anesthésiste (école privée)
- 2 jeunes en rattrapage scolaire et initiation à la pâtisserie (école de la 2ème chance)
- 8 jeunes en électricité bâtiment (pour 1 an)
- 2 jeunes en mécanique (pour 2 ans)
- 3 jeunes en pâtisserie (pour 1 an)
- 3 jeunes viennent de finir leur formation et sont toujours avec nous pour construire la suite de leur programme (au Maroc ou avec un retour au pays). Nous accompagnons ces recherches d’emploi à Rabat ou Casablanca et nous commençons à accompagner des projets d’insertion professionnelle dans le pays d’origine.
- 6 jeunes vont commencer le 2 mars une formation de 4 mois en plomberie à Oujda avec, pour la moitié d’entre eux, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Nous accompagnons aussi pédagogiquement et financièrement
- 7 jeunes en formation professionnelle à Rabat
- 11 jeunes en formation professionnelle en électricité bâtiment et panneaux solaires à Kénitra.
- 1 jeune va les rejoindre le 2 mars à Kénitra pour 6 mois de formation pré-professionnelle.

Notre maison est donc toujours bien remplie entre les personnes de passage et les résidents (courte, moyenne ou longue durée). Plus concrètement, entre le presbytère, l’appartement des mineurs (15 places) et l’appartement loué dans la médina (7 places), nous assurons quotidiennement la pension complète pour environ 50 personnes à l’église à Oujda + les 11 de Kénitra et un soutien alimentaire et pour le loyer à 1 dizaine de jeunes (Oujda et Rabat).

Nous restons en lien avec beaucoup de jeunes passés en Europe ou retournés au pays, volontairement ou non, mais aussi avec ceux qui sont passés à Oujda à l’église et nous recontactent au fil des difficultés qu’ils rencontrent dans leur aventure migratoire.

Vous imaginez que toute cette énergie est donnée par une équipe, actuellement composée d’une vingtaine de personnes originaires de + de 10 pays, catholiques, protestants, musulmans, des étudiants, des migrants, 2 religieuses et 1 prêtre…

Notre fonctionnement est porté par plusieurs partenaires (Eglise catholique et Eglise protestante avec leurs soutiens souvent européens), des partenaires marocains, les amis… et bien sûr aussi par la Providence, avec le soutien de ceux qui passent à l’église à Oujda et se réjouissent comme nous de ce qui se vit ici de fraternité et de solidarité.

Nos dépenses se répartissent entre
- La vie quotidienne (partie croissante avec le soutien des personnes sédentarisées à l’église ou soutenues à l’extérieur)
- L’entretien de la maison (des maisons et locaux d’accueil) et les charges afférentes.
- Le nécessaire pour des adolescents (vêtements, sports, loisirs culture, téléphone…)
- Les dépenses de santé
- Le matériel éducatif et pédagogique
- Le soutien financier ou en nature aux personnes de passage qui ont besoin d’être appuyée dans la grande précarité qu’elles connaissent au Maroc
- Une indemnisation très modeste des personnes les plus engagées au quotidien

Nous espérons que l’accueil et l’accompagnement, qui sont pour nous une belle expérience source de réflexion et d’engagement, permettront à la vie qui cherche son chemin de s’épanouir, à ceux qui souffrent de trouver dans cette fraternité un soutien et un encouragement. Nous sommes heureux de partager avec vous un peu de notre quotidien.

Fraternellement
Au nom de l’équipe de l’Accueil Migrants Oujda
Antoine Exelmans