Un regard sur le moment actuel

Publié le : 24 mars

Le 14 mars, une année entière s’est écoulée depuis le décret de l’état d’urgence en Espagne, à cause du coronavirus. Depuis lors, nous avons dû acquérir des habitudes auxquelles nous n’étions pas accoutumées, dont le port du masque n’est pas le plus significatif, bien qu’il puisse être le plus visible.

Nous avons perdu les réunions en ‘présentiel’, qui nous donnaient la possibilité de nous saluer, de nous embrasser, de commenter avant ou après, de sortir de la maison, de nous préparer corporellement, affectivement et mentalement pour la rencontre. Nous avons conquis le monde ‘numérique’, ‘on line’, nous réalisons des réunions et des rencontres virtuelles, nous prions à travers Facebook avec beaucoup de personnes que parfois nous ne connaissons pas. Auparavant, nous n’avions jamais pensé à cette possibilité. Nous sommes devenues capables de nous réunir et de prier, même à distance, à travers un écran. Sans embrassements, sans baisers, sans… Nous avons appris à être plus attentives à nos visages, à laisser transparaître en eux ce qu’il n’a pas été possible de transmettre par le contact. Les promenades ensemble, les repas partagés et les célébrations festives, l’émotion de nous retrouver continuent à nous manquer. Au niveau familial, c’est la même chose, sans possibilité de nous réunir pour le plaisir de nous retrouver, sans pouvoir nous approcher des enfants et jouer avec eux, en maintenant une distance de sécurité qui nous donne à sentir la nostalgie de ce que nous n’avons pas récupéré et qui nous manque.
Dans certains cas, la mission a dû s’arrêter, et dans d’autres il nous a été possible de la développer sans quitter la maison, sans avoir besoin d’un espace où la réaliser et cela nous a donné la possibilité de la déployer ; la barrière de l’espace s’est rompue. Nous avons développé en général, la capacité de pouvoir continuer une partie de la mission ‘on line’.
Le masque nous empêche de recevoir le cadeau d’un sourire. Nous ne pouvons pas percevoir la grimace de mal-être ou d’angoisse et nous nous voyons obligées à utiliser les yeux davantage… ce n’est pas suffisant. Il y a des personnes que j’ai connues avec le masque et je ne sais pas comment est leur visage ; mais il faut reconnaître que le masque a sûrement aidé à contrôler la contagion de coronavirus et à réduire d’autres contagions comme la grippe, quasiment inexistante en Espagne cette année.
Pour certaines personnes, cette situation mine leur espérance, d’autres perdent le goût de la vie ou vivent contrariés… (Leurs situations se sont peut-être aggravées du fait de la diminution de la mobilité, de la perte de travail, du manque de relations…)
Dans cette situation, vivre le Carême et le triduum pascal aura peut-être quelques résonances particulières. Peut-être la conversion, en ce moment-ci et à tout moment, pourra-t-elle se comprendre comme une manière de trouver le goût de la vie à chaque instant, d’apprendre à regarder ce moment, en découvrant la beauté qu’il cache ; de pouvoir la transmettre à ces personnes pour qui c’est particulièrement difficile. Peut-être est-ce le temps de redécouvrir ce que l’on a et apprendre à en tirer profit. Peut-être avons-nous besoin de découvrir comment accueillir et accepter la réalité que nous vivons, notre propre réalité, sans victimisation, sans résignation, pour pouvoir en faire émerger la profondeur de notre propre existence, la Parole de Dieu incarnée en chacune de nous.
Sans aucun doute, toutes et chacune de nous avons été appelées, choisies, rêvées, créées par Dieu. Sans aucun doute, nous avons toutes un rôle spécifique à jouer… Découvrons, au moment présent, quelle est notre couleur, la beauté qui nous a été offerte, quelle est notre pièce dans le puzzle. Découvrons la couleur des sœurs et des personnes qui nous entourent, la beauté qu’elles nous apportent ; ne nous battons pas pour une même place dans le puzzle, nous ne pouvons pas nous mettre n’importe où, il y a seulement une place qui est la nôtre et situées toutes ainsi, tout coïncide bien.
Laissons-nous attirer par ce désir d’éternité, par ce désir du Dieu présent et vivant qui nous appelle à vivre et à atteindre notre essence, celle en laquelle il habite. Il se peut que tout le reste nous soit donné en plus, pour continuer le processus de vivre.

Sr Inmaculada Sánchez García-Muro